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Trous de mémoire : quand faut-il s'inquiéter ?

Info & Savoir

Nous sommes tous sujet aux trous de mémoire, et l'âge ne vient rien arranger à l'affaire. Pas de quoi en faire un drame, sauf que depuis plusieurs années, la maladie d'Alzheimer frappe de plus en plus de personnes âgées qui sont par ailleurs en bonne forme. La peur de vieillir est une chose, mais perdre ses facultés intellectuelles doit être combattu à tout prix. Le tout est de savoir quand il faut vraiment consulter.

Ne pas retenir un prénom ou un nom, reconnaître un visage mais ne plus se souvenir où on l'a vu, perdre sans arrêt ses clés, oublier une casserole sur le feu, autant de désagréments relativement courants, qui ne sont pas inquiétants pour autant. Nous nous rassurons rapidement en nous disant que cela arrive à tout le monde. Et en effet, la moitié des gens de plus de cinquante ans se plaignent d'avoir des trous de mémoire, rarement graves.

Premier signe qui devrait nous rassurer : nous sommes conscients d'avoir des trous de mémoire. Car en réalité, la plupart des personnes qui ont des atteintes du cerveau ne se rendent pas compte de leurs oublis.

L'image du trou formé dans notre mémoire n'est pas tout à fait exacte à vrai dire, car l'information que nous cherchons est bel et bien présente dans notre cerveau. La preuve en est qu'en cherchant vraiment nous parvenons à faire remonter à la surface le nom de la personne recherchée en commençant par la première lettre, une sonorité, ou l'endroit où nous avons laissé nos clés sans y prêter attention. Et si cela ne revient pas instantanément, ce n'est que partie remise.

 



Lorsqu'il s'agit d'une maladie, la situation est en effet différente, car c'est bel et bien l'information qui n'est pas « imprimée » dans le cerveau, car il y a non pas défaut d'attention mais difficulté à retenir.

Les spécialistes mettent en avant pour la plupart de ces trous de mémoire un défaut d'apprentissage. En effet, les oublis sont surtout liés au fait qu'il s'agit d'actes routiniers qui ne demandent quasiment plus de concentration. Dans le cas des clés par exemple, il peut s'agir d'un événement inattendu qui est intervenu au moment où l'on devait les ranger. En rentrant chez soi, si l'on entend les pleurs d'un enfant, ou qu'il se précipite sur vous, il peut arriver que l'on dépose les clés machinalement dans un endroit totalement inhabituel. Il faut alors ensuite revenir sur ses faits et gestes pour les retrouver.

Idem pour une casserole sur le feu, ce qui n'est pas sans conséquence. En reprenant les faits, il est fréquent de constater qu'après avoir commencé à faire bouillir de l'eau par exemple, la personne a commencé une autre tâche (répondre à un appel téléphonique par exemple) demandant une vraie concentration et a complètement « zappé » le fait qu'elle devait garder une certaine vigilance sur autre chose.

Le cerveau (et non le coeur) est le véritable siège des émotions. Il enregistre effectivement ce que nous faisons, mais détient une véritable sensibilité et ne peut donc être comparé à une simple machine enregistreuse. La qualité de nos souvenirs est donc diverse. Il arrive parfois que l'intégration se fasse moins bien pour des raisons différentes : La fatigue est un facteur connu de défaut de bonne mémorisation. Il arrive ainsi qu'il faille relire les pages d'un livre lues la veille avant de s'endormir, car la fatigue était trop présente pour que la mémorisation s'effectue correctement.

Le désintérêt, d'où le problème à se souvenir de certaines choses qui ne sont pas importantes pour nous. Un exemple bien connu est celui des films : certains s'ancrent durablement dans notre mémoire, des années après, alors que nous ne souvenons plus de l'intrigue ou des acteurs d'autres oeuvres qui ne nous ont pas captivées.

L'émotion ressentie vient également renforcer la capacité d'ancrage des souvenirs.

Il est clair que nos capacités d'apprentissage et de mémorisation diminuent avec l'âge. Les petits enfants emmagasinent une quantité invraisemblable d'informations et parviennent à développer la dimension physique et intellectuelle de leur corps et de leur intellect en des délais record. L'apprentissage des langues étrangères est un exemple parmi d'autres : plus l'enfant est jeune, plus il apprend sans effort, par simple mimétisme et dans le cas des couples mixtes, passe d'une langue à l'autre sans véritable prise de conscience ; le mécanisme étant automatisé intellectuellement.

Il en va différemment ensuite, et nos capacités d'attention diminuent dès la trentaine d'années. Il est tout à fait possible d'apprendre des choses nouvelles sauf que cela demande de plus en plus de temps. On estime qu'il faut environ trois fois plus de temps pour retenir un texte identique à 70 ans qu'à 15.

 

Pas si mal en fait, car si les petits jeunes apprennent plus vite, ils sont moins doués en analyse, le fruit de l'expérience ! Une personne de cinquante ans aura par exemple du mal à se souvenir où elle a posé ses lunettes, mais aura à sa disposition un stock élevé de souvenirs et de connaissances qui lui permettront de concurrencer sans souci les petits jeunes sur d'autres problèmes plus complexes !

La neurologie n'est pas une science exacte pour la simple raison que le cerveau est encore en partie « terra incognita ». Mais la connaissance progresse sans cesse. On sait donc aujourd'hui que lorsque nous sollicitons un souvenir, l'influx nerveux se propage en premier lieu aux régions cérébrales dédiées aux sensations, avant d'aller vers les zones amygdaliennes, liées aux émotions. C'est ensuite l'ensemble de tous ces sens réactivés et liés à un seul et même événement qui réactive le souvenir en tant que tel. Habituellement, cela se fait si rapidement que nous n'en avons pas conscience, mais dans certains cas où le souvenir nous échappe, nous pouvons prendre conscience de ce cheminement.

La mémoire est en fait diffusée dans tout le cerveau du fait que nos neurones créent sans cesse des liaisons dénommées synapses avec d'autres cellules nerveuses. Avoir des contacts nombreux, solliciter sa mémoire multiplient le nombre de ces liaisons dans différentes zones du cerveau. Les spécialistes parlent de « cartes neuronales » qui s'organisent autour des différents sens activés. Le tout fonctionne dans une parfaite synchronisation.

Au-delà des mémoires à court et long termes (voir notre encadré stockage), il existe d'autres sortes de mémoires : La mémoire épisodique est celle des événements personnels, liés à une date et un lieu. Elle intègre les facteurs affectifs situés autour du souvenir en question.

La mémoire sémantique est celle du langage pour parler simple. Elle garde donc les mots et leur signification, intégrant une connaissance générale. Si l'on examine par exemple les zones du cerveau qui s'activent en prononçant un mot particulier comme « jaune », ce sont les références de fleur, de soleil, une robe, un décor, un titre de livre qui peuvent s'éveiller simultanément. Mais cette mémoire sémantique déclenche aussi des processus qui sont inscrits dans notre cerveau. Ainsi, décider de faire cuire une omelette va déclencher la prise des oeufs dans le réfrigérateur, puis une série de gestes qui ne demandent finalement que peu d'attention.

La mémoire procédurale est celle qui est sollicitée lorsque nous faisons des tâches répétitives. Il s'agit ici de processus d'apprentissage qui ont été appris comme faire du vélo par exemple, ou mettre un « s » au pluriel des mots. Cela a demandé du temps, mais une fois intégrés, ces processus peuvent être réactivés à tout moment, même des années après. C'est cette mémoire qui a été mise à mal chez certaines personnes âgées lors du passage à l'euro, car l'apprentissage ancien devenu obsolète exigeait une nouvelle procédure à partir de zéro. Or, cela demande de vrais efforts !

L'oubli reste encore assez mystérieux. Car si certains souvenirs sont occultés de façon consciente ou pas, du fait qu'ils représentent des traumatismes, d'autres disparaissent sans raison précise. Les études réalisées prouvent cependant que la mémoire est un outil remarquable qui garde les souvenirs quasiment ad vitam aeternam, quand bien même il y a une perte d'éléments au fil des années, si aucune utilisation ou réactivation du souvenir n'est effectuée.

La mémoire dite visuelle utilise en fait différents sens, mais les images sont particulièrement faciles à solliciter. L'idéal pour ne pas oublier est de pouvoir mémoriser dans de bonnes conditions : de l'attention, une motivation, de la clarté dans les mots, épelés ou écrits, le silence aussi... tels sont les éléments d'une bonne mémorisation.

L'oubli de souvenirs est particulièrement fréquent lorsque le souvenir a été stocké dans de mauvaises conditions. Le fait d'être fatigué, stressé ou d'avoir consommé des substances toxiques va dégrader la qualité du souvenir et provoquer parfois l'incapacité à se le remémorer.

Le fait de vouloir apprendre, ou de prendre du plaisir à l'apprentissage augmente aussi notre capacité à mémoriser. A contrario, nous aurons plus facilement tendance à oublier ce qui ne nous intéresse pas. L'émotion est donc garante de la mémoire en quelque sorte.

Comment booster notre mémoire ? Il n'existe pas à proprement parler de produits qui seraient bons exclusivement pour notre mémoire. Notre cerveau est un tout et les nutriments dont il se sert exercent globalement leur action sur les différentes fonctions de notre intellect. Rien d'extraordinaire à vrai dire : une alimentation bien fournie en vitamines est indispensable, notamment en A, E et C ainsi qu'en Omega 3. Ainsi, le poisson est plus favorable pour ses Omega que pour son phosphore, en ce qui concerne la mémoire.

Les excès doivent aussi être évités ainsi que toutes les « drogues » qu'il s'agisse de produits illicites, de médicaments, ou d'alcool. Prendre un verre de vin par jour peut au contraire être bénéfique, ce qui n'est pas le cas lorsque l'on boit régulièrement.

 

L'excès provoque en effet la perte de vitamine B1, responsable de vrais troubles de la mémoire. Les vitamines et un mode de vie équilibré sont donc les meilleurs garants d'une mémoire préservée et en bon état de fonctionnement. Le cerveau se nourrit notamment de glucose et aime les céréales apportées par le pain, les pâtes, les légumineuses entre autres. Et contrairement à la diététique, le cerveau se nourrit surtout la nuit, il faut donc lui apporter un peu de carburant le soir ! Il est aussi possible d'avoir recours à des entrainements.

 

Mais attention, car l'on a souvent tendance à faire le même type d'exercice, or la mémoire a de multiples ressorts et dans l'idéal, il faudrait pouvoir suivre des exercices différents pour notre mémoire visuelle, auditive, olfactive et intellectuelle. C'est la raison pour laquelle le fait de vivre en société est la meilleure des choses.

Enfin, autre élément clé de la mémoire : le sommeil. Il est essentiel dans le processus de mémorisation qui a lieu pendant les phases de sommeil paradoxal.

Et Alzheimer ? Dans le cas d'une démence sénile ou d'une maladie d'Alzheimer, les oublis ne sont pas de simples trous de mémoire. Le principal signe d'atteinte est que la personne n'est pas consciente du problème. C'est en général l'entourage qui commence à s'inquiéter et provoque une consultation. En parlant, il est possible de détecter que la personne ne parvient pas à se souvenir de ce qu'elle a fait il y a une dizaine de jours, alors même qu'il s'agissait d'un événement particulier comme une soirée familiale pour un baptême par exemple.

En cas de doute, l'idéal est de passer un test d'évaluation. Ils sont disponibles dans de nombreux hôpitaux français. Il faut compter entre une et trois heures pour le compléter.

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