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Comment travailler dans l'humanitaire ?

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L'humanitaire a la cote. Auparavant, c'est le mot charité que l'on utilisait, mais il a pris au fil du temps une mauvaise connotation. Ce n'est pas le cas chez les Anglosaxons qui alimentent toujours leurs « charity funds » avec beaucoup de régularité. Que penser de ceux qui pousse l'altruisme jusqu'à l'engagement total?

Qui dit altruisme pense générosité, compassion, désintéressement, voire philanthropie. Un sentiment qui pousse vers les autres afin de les aider, un penchant naturel à se soucier du sort de son prochain. Mais cela va parfois plus loin : le besoin de faire plus, de s'engager véritablement en passant à l'action.


Le bénévolat fait parfois rêver, il est idéalisé, mais d'où provient ce besoin d'en faire toujours plus? La plupart d'entre nous se contente de s'inquiéter de leur famille, de quelques amis, mais n'a pas pour ambition de faire beaucoup plus si ce n'est de façon ponctuelle : envoyer un chèque à une association, acheter un DVD dont les bénéfices sont reversés à une oeuvre...

Les engagements de type humanitaire ont de tous temps existé, même s'il s'agissait d'une tradition d'ordre privée, souvent liée à la religion, qui veut que les plus nantis se préoccupent du sort des gens dans le besoin, qu'ils s'agissent de femmes, d'enfants, de victimes de guerre, etc.

 



La tradition reste d'ailleurs vivace, car si aujourd'hui ce ne sont pas les grandes familles aristocrates qui agissent, la plupart des grandes entreprises privées internationales ont en quelque sorte pris le relais via la création de fondations. Bien entendu, les fondations présentent des aspects intéressants, tant en termes fiscaux qu'en termes d'image institutionnelle, cependant, l'aide apportée est importante, voire parfois essentielle.

La génération post-68 a été particulièrement influente dans les différents projets humanitaires. Les soixante-huitards ont en effet dû rentrer dans le rang en quelque sorte, pour reprendre des chemins traditionnels, notamment en termes professionnels. Si ce n'est que les grands principes d'entraide sont restés présents, et ils ont participé à la naissance de ces grands mouvements en faveur des grandes causes nationales et internat ionales . Une façon de se sentir plus à l'aise par rapport à son passé et qui a porté ses fruits. Si ce n'est qu'aujourd'hui, les domaines d'intervention sont tellement vastes que l'on en vient à parler de « business de l'humanitaire », une évolution prévisible.

Manifestement non ! La preuve en est que si une grande partie des Français participe à des actions telles que le Téléthon par exemple, seule une minorité s'engage de façon régulière dans des actions humanitaires. Les raisons sont multiples. Les plus évidentes sont bien entendu que nous sommes soumis à des contraintes et responsabilités. Et lorsque nous sommes engagés dans une voie professionnelle, il est difficile de changer d'orientation pour aller vers le domaine de l'humanitaire. Tout le monde n'a pas les moyens financiers de vivre sans travailler. Etre infirmière, médecin, ou dans le domaine médical peut faciliter les choses, mais tous les métiers ne sont pas adaptés et les postes ne sont pas excessivement nombreux dans ce secteur.

La vie privée non plus ne facilite pas les choses. Une fois que l'on est installé dans la vie de famille et responsable d'enfants encore jeunes, cela complique singulièrement les choses. C'est aussi une des raisons pour lesquelles un grand nombre de personnes qui se lancent dans l'humanitaire sont assez jeunes, ou plus âgées, voire célibataires, en bref sans responsabilité familiale importante. Il est bien entendu possible de faire des actions moins drastiques et très efficaces, mais s'engager dans l'humanitaire exige une vraie disponibilité, matérielle et psychologique.

De nombreuses expériences ont été réalisées en psychologie sociale afin de déterminer si certains individus étaient enclins naturellement à la solidarité et l'altruisme, à la bonté peut-on dire. Toutes les tests ont conclu de la même façon : il n'y a pas « les gentils » d'un côté et « les méchants » de l'autre. Nous ne naissons donc pas altruistes, nous pouvons le devenir, ou cesser de l'être en fonction de nombreux critères. Certains de ces critères sont d'ordre tout à fait personnel et trouvent leur origine dans l'histoire de chacun.

D'autres critères dépendent d'événements totalement extérieurs. Différents ressorts provoquent un regain d'altruisme comme l'exemple d'une personne aimée et respectée, mais aussi l'amour propre ou le sentiment de culpabilité.

A noter cependant que nous sommes tous altruistes dans le sens où le réflexe de l'entraide existe en chacun d'entre nous. Aider une personne qui est en train de chuter est en effet une attitude normale, qui ne dépend même pas d'une bonne éducation. De la même façon, nous avons une sorte d'automatisme à protéger physiquement les plus faibles, enfants ou personnes diminuées.

Cette fondation créée en 2000 a pour but philanthropique d'apporter une aide en matière de santé et d'acquisition de connaissances, partout où cela s'avère nécessaire ou urgent dans le monde. L'année 2011 a été consacrée aux vaccins, en particulier celui de la polio. De par ses moyens, elle est la première fondation au monde et met sur pied des projets d'environ 3 milliards d'euros par an. La France collabore en particulier sur l'aide concernant l'Afrique subsaharienne.

Il s'agit là d'une réaction innée, qui a d'ailleurs pu être testée sur de tous petits enfants. Naturellement, nous ne sommes donc pas ou plus programmés pour nous protéger de façon égoïste, mais les actes « gratuits » sont naturels tant qu'ils permettent de favoriser la survie du groupe, et de ce fait la sienne. Cela est d'ailleurs confirmé par la théorie des jeux portant sur l'évolution : une stratégie qui écarte toute politique de coopération est en réalité moins efficace sur le long terme, d'où l'intérêt de prendre en compte les autres.

Il semble bien que les personnalités qui s'engagent dans l'humanitaire aient un profil de type particulier et que l'on trouve des origines communes à l'altruisme. Car le mot est parfois mal utilisé, si l'on convient du fait que l'altruisme signifie faire le bien sans qu'il n'y ait idée d'une récompense personnelle à plus ou moins long terme.

L'engagement peut se faire par besoin de s'identifier à un groupe. Quelle que soit sa forme, association, entreprise, peu importe, si cette entité est considérée comme un idéal, une partie de cette aura rejaillit donc sur celui ou celle qui s'engage sous sa bannière. Ce souhait de faire partie d'un cercle, de fréquenter des personnes qui ont le même système de valeurs n'a rien de problématique. Il s'agit au contraire d'une attitude très courante.

L'empathie est un penchant naturel de l'homme. Vouloir être en accord et en harmonie avec son environnement, avoir des relations apaisées avec l'entourage permettent d'avoir une vie plus sereine, et de ce fait plus heureuse. Avoir de la compassion, l'envie d'aider son prochain sont donc des réflexes assez naturels. S'engager dans l'humanitaire est donc une façon de continuer à satisfaire ce penchant et à mener une vie conforme à ses convictions.

Les personnes que l'on définit comme altruistes ne sont pas toujours mues que par de nobles sentiments. Il arrive aussi que des raisons plus humaines, concrètes, sous-tendent un engagement humanitaire. La valorisation de l'image de soi est certainement le plus courant. Cela n'enlève rien à la sincérité et à la bonne volonté. Pourtant, il est vrai que notre société valorise ce type d'action. Un engagement humanitaire, ne fût-ce que pour quelques mois, est plus valorisé sur le CV d'un jeune en recherche d'emploi qu'un stage dans un fast-food. En effet, cela rajoute une certaine aura à la personnalité et nimbe le parcours du candidat d'une auréole prestigieuse.

Tout le monde n'ayant pas le courage, ni l'envie de telles actions, ceux qui ont la persévérance et la volonté d'aller jusqu'au bout provoquent une certaine admiration, souvent bienvenue. Parmi les personnalités les plus aimées et admirées des Français, il ne faut pas oublier que Soeur Emmanuelle et l'abbé Pierre sont en bonne place. Ils ont pris fait et cause pour les déshérités, sans rechercher aucunement leur intérêt personnel, mais celui de la cause qui les motivait.

Parmi les tests qui sont réalisés en psychologie sociale, on a pu mettre en avant une mécanique bien précise : la mauvaise conscience, le sentiment d'avoir mal fait, une honte subie, provoquent de façon quasi systématique l'envie de se « rattraper » en quelque sorte. Ainsi, le fait d'avoir été réprimandé par une personne disposant d'une autorité prédispose à une bonne action faite dans la foulée pour se racheter en quelque sorte. Il s'agit d'une sorte d'automatisme.

Si un individu se fait réprimander pour ne pas avoir cédé sa place dans un bus à une personne âgée, il aura dans les moments qui suivent une tendance inconsciente à répondre positivement à la demande d'aide d'une personne connue ou inconnue. Le temps passant, cette sensation disparaît. Dans ce cas, c'est la sensation de culpabilité sousjacente qui agit comme un aiguillon pour effacer cette petite honte.

Nous appartenons à un groupe, une nation, une société et pour certains, afin d'être fidèles à leurs principes, il convient d'agir. Certains s'engagent au WWF, dans les associations ou fondations de protection de la nature, des animaux, dans un parti politique, car il s'agit d'une responsabilité collective. En rejoignant un organisme humanitaire, ils concrétisent leurs convictions. Etre fidèle à soi-même en quelque sorte pour défendre une cause reconnue d'utilité publique procure une sensation de confort psychologique et de bien-être.

Vous connaissez peut-être ce profil de personne qui fait sans cesse preuve de dévouement, de façon parfois exagérée. Car être dans le don peut aussi s'avérer dangereux. Certains vont jusqu'à sacrifier leurs rêves, leurs ambitions pour protéger un autre, généralement proche. Cette attitude proche du sacrifice est nocive et peut entraîner un véritable destin brisé. La plupart du temps, ce type de dévouement sacrificiel exige une véritable thérapie, car il devient quasiment une raison de vivre.

De nombreux psychologues sociaux ont rapproché les divers degrés du sentiment altruiste au raisonnement de la fameuse pyramide de Maslow.

1. Le niveau primaire

C'est celui des besoins instinctifs. Il correspondrait à une forme d'altruisme qui s'apparente à la coopération que l'on peut constater y compris chez certains animaux, et qui a essentiellement pour but de permettre au groupe de survivre. Il peut aussi s'agir d'une entraide qui s'apparente au troc : « je t'aide pour ceci, tu me rendras la pareille pour cela ». Autant dire qu'il ne s'agit pas de d'altruisme. Si l'on compare cela à la fonction parentale, cela relève du parent qui conçoit pour perpétuer l'espèce et avoir un soutien pour ses vieux jours.

2. Le second niveau

Il correspondrait à un altruisme qui attend aussi une certaine réciprocité, mais plus psychologique. Il met en avant le besoin d'être apprécié, l'envie de s'accomplir, de s'impliquer dans l'action pour mieux être à même de transformer ne futce qu'une toute partie du monde. On travaille ici sur le plan de l'estime de soi. Si l'on reprend l'idée de la fonction parentale, nous sommes ici chez le parent qui éduque son enfant pour lui permettre d'aller le plus loin possible, et lui renvoie une image de fierté qui renforce son amour-propre.

3. Le troisième et dernier niveau

C'est celui de l'accomplissement de soi. C'est ici que le sens moral intervient, ainsi que le sens de solidarité au sein d'une société. On retrouve l'altruisme tel qu'il est défini dans le dictionnaire : des citoyens qui s'engagent dans certaines causes qui ne les concernent nullement à titre personnel. La fonction parentale est ici moins concernée du fait même de l'étroitesse des relations parentsenfants, qui fait fonctionner ce couple sur plusieurs niveaux à la fois.

Il est intéressant lorsque l'on se lance dans l'aventure de l'humanitaire de savoir quelles sont les véritables motivations qui nous guident. Peu importe à vrai dire que plusieurs niveaux soient en cause, mais il est important de savoir si l'on attend une contrepartie quelle qu'elle soit, afin de s'assurer que l'on s'engage vraiment dans la bonne voie.

Attendre une contrepartie d'un engagement n'enlève rien à son efficacité. Le principal est de prendre ce type de décision en connaissance de cause et en ne se cachant pas la vérité de sa propre motivation. Ceci évite d'être déçu une fois que l'on a bouleversé en partie, voire totalement, sa vie.

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