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Se mentir à soi-même : un comble !

Info & Savoir

Nous sommes nombreux à le clamer haut et fort : nous détestons le mensonge et d’ailleurs, nous ne mentons jamais, nous ne déformons même pas la réalité ! Nous nous indignons vertueusement des petits mensonges des autres, nous nous agaçons même de leurs histoires et vantardises ! Pourtant, nous faisons souvent la même chose, y compris envers-nous-mêmes. Explications.

Se mentir à soi-même serait selon certaines philosophies la plus grande des trahisons. On peut considérer cela comme une sorte de fuite devant une angoisse et cependant ne sert à rien à terme car le mensonge reste dans l'esprit - ou l'inconscient en termes freudiens - de la personne qui se ment à elle-même.

 

Dans l'instant présent, cette attitude a une action certainement protectrice vis-à-vis de nous-mêmes. Hélas, elle va également fausser nos relations futures avec nous-mêmes et/ou avec les autres.

 


 

Un fonctionnement très humain
L'Homme est un être de conscience qui, tout au long de sa vie, commet des erreurs et s'égare dans sa recherche de vérités, dans sa recherche d'une meilleure connaissance de soi, et se voiler la vérité, c'est se détourner de ce savoir. Par se mentir à soi-même, entendons le fait pour l'Homme de tromper sa propre personne, de se détourner d'une vérité dont il a conscience et qu'il ne semble pouvoir ou vouloir accepter. Se mentir à soi-même, c'est se protéger d'une réalité qui nous semble impossible, c'est se bercer d'illusions vaines.

 

A priori, parce que la conscience de l'Homme est mémoire, parce qu'elle nous ouvre à la pensée et à la réflexion, alors cette conscience nous permet de choisir, et, de fait, l'Homme semble dès lors à même de se détourner de la vérité, de se persuader du contraire. Et pourtant, si l'Homme a conscience de la réalité des choses, il semble impossible de pouvoir s'en détourner dans la mesure où il a vu, entendu, ou au moins constaté ce qui a eu lieu. Alors, se mentir à soi-même semble relever de ce qu'on appelle la « mauvaise foi », qui est une conséquence même de l'orgueil, de la fierté, de l’ego, bref, de tout ce qui de près ou de loin découle du péché originel selon la doctrine chrétienne.

 

Conscience et liberté de décisions
Si l'Homme peut se mentir à lui-même, alors il semble que ce soit la conséquence de sa liberté de choisir ce qui lui convient. En effet, l'Homme est-il un être déterminé condamné à agir par instinct et non par raison ? Si l'Homme était déterminé, alors pourquoi serait-il responsable de ses actes ? A fortiori, nier le pouvoir de décision des Hommes, ce serait remettre en cause leur responsabilité au sein de la société, ce serait aussi et surtout aller à l'encontre de sa faculté à user de sa raison.

 

De fait, l'Homme agit certes en fonction de sa volonté, mais sa raison lui rappelle les normes juridiques auxquelles il est soumis, la volonté de l'Homme est « éclairée » par la raison. Un Homme n'ayant que sa volonté, ce serait un Homme ne voyant que son intérêt, ce serait le retour à la loi du plus fort, à la loi de la nature. Or, vivre en société, c'est avant tout penser à ceux qui nous entourent. Pour cela, l'Homme est responsable de ses actes, et par sa volonté raisonnée, il est à même de choisir en connaissance de cause. Selon Saint Thomas d'Aquin, l'Homme agit d'après un jugement libre, qui « n'est pas l'effet d'un instinct naturel s'appliquant à une action particulière, mais d'un rapprochement de données opéré par la raison. »

 

Alors, l'Homme disposant d'un jugement libre semble capable de se mentir à lui-même. Si la réalité à laquelle il fait face ne lui convient pas, ou le blesse, ou si elle est différente de ce qu'il espérait a priori, alors ne va-t-il pas volontairement travestir le vrai ? L'Homme, parce qu'il est libre de choisir, est capable de se bercer d'illusions et maquiller la réalité. Sa conscience, parce qu'elle est mémoire, parce qu'elle l'ouvre à la réflexion, elle lui permet de choisir. L'Homme peut donc choisir de se tromper lui-même volontairement.

 

Et pourtant, n'est-ce pas une chose impensable que de se tromper soi-même ? N'est-ce pas là nier l'unité de la conscience, et donc de la connaissance de soi et du monde ? En effet, la conscience permet à l'Homme de prendre connaissance de ce qui nous habite – c'est la conscience de soi -, et de ce qui fait le monde – c'est la conscience immédiate -.

 

Avoir connaissance de la réalité par sa conscience
A contrario, si l'Homme par sa conscience peut se représenter aussi bien le monde que lui-même et en avoir le savoir, alors il semble qu'il lui soit impossible de pouvoir se mentir à lui-même. En effet, comment l'Homme qui par sa conscience est à même de connaitre la réalité des choses pourrait-il nier ce savoir ? Dès lors, s'il nie ce savoir, il n'en demeure pas moins qu'il sait toujours ce qui est vrai. A défaut d'un mensonge envers soi-même, ce serait plutôt se bercer d'illusions vaines, tout en ayant connaissance de la réalité. La conscience de l'Homme est une et indivisible, elle apporte un savoir sur ce qui entoure l'Homme et sur ce qu'il y a en l'Homme. C'est ce qu'Hegel assurait dans sa Propédeutique philosophique en affirmant que « la conscience, absolument parlant, est la relation du Je à un objet, soit intérieur, soit extérieur ».

 

L'Homme, par sa conscience immédiate, est en relation avec le monde, il perçoit ce qui l'entoure, il y est sensible, il y réagit. C'est la conscience qui accompagne nos perceptions. Quant à la conscience de soi, c'est celle qui permet à l'Homme de se saisir lui-même, d'avoir une identité, de savoir qui il est malgré les changements. Après tout, à trente ans, nous ne sommes plus le même qu'il y a quinze ans, mais notre conscience nous permet d'avoir la certitude de notre personne, de notre passé, de notre unité. En clair, cette conscience permet à l'être humain d'accéder à la vérité, même si les perceptions peuvent parfois le tromper. Cette vérité, qu'il l'accepte ou non, il en a conscience, il en a surtout la connaissance. Il peut la bercer d'illusions, mais cette connaissance demeure malgré tout.

De ce fait, si l'Homme s'illusionne, se trompe lui-même, ce n'est que se voiler ce dont il a le savoir. Il se ment à lui-même alors qu'il sait la réalité des choses. Ce mensonge tend donc à la mauvaise foi.

 

Le règne de l’ego : Mauvaise foi, orgueil et fierté
Si l'Homme accède par sa conscience à la connaissance du monde et de lui-même, alors se mentir à soi-même relève d'un certain orgueil. Comment l'Homme peut-il s'assurer du contraire de ce dont il a le savoir ? Comment peut-il travestir volontairement ce qu'il sait véritable ?

 

Effectivement, l'Homme est confronté à une réalité qui parfois le blesse, à laquelle il ne peut croire. Sans doute qu'en s'assurant du contraire, il acceptera avec le temps cette réalité dont il a connaissance. Seulement, c'est faire preuve de mauvaise foi, soit par fierté, soit par orgueil, c'est-à-dire par une opinion très avantageuse concernant sa valeur personnelle, par laquelle on se place au-dessus des autres. A contrario, accepter la réalité, c'est agir avec humilité, que cette réalité soit en accord ou contraire à nos attentes.

 

L'orgueil, la fierté, se voiler la réalité, ne sont-ce pas là des conséquences intrinsèques du péché originel selon la doctrine chrétienne ? De fait, par rapport au péché originel, il y a un avant et un après. Avant le péché originel, « l'Homme [...] est élevé au-dessus de toute la nature, rendu comme semblable à dieu et participant de la divinité ». Après la Faute, et donc « en l'état de la corruption et du péché, il est déchu de cette état et rendu semblable aux bêtes. » Par ces paroles, Pascal montre les conséquences de la chute, de cette Faute, de ce péché originel. L'Homme qui recevait la Grâce, qui était protégé du péché, est depuis lors confronté au mal. La fierté, l'orgueil, autant de vices faisant de lui un être capable de s'illusionner.

 

Après tout, le mensonge, c'est une assertion sciemment contraire à la vérité, énoncée avec intention de tromper autrui. Et cet être confronté au mal en est capable, car déchu de son état de Grâce. Cependant, l'Homme peut toujours se tourner vers la Grâce et rejoindre dieu. Par le salut, l'Homme peut échapper à la déréliction de l'incroyance, la « misère » se transforme de fait en « félicité ». Se tourner vers dieu selon Pascal, c'est mettre de côté tout ce que l'Homme a de misérable et s'ouvrir à sa lumière. L'Homme ayant conscience du mal et du bien, est à même d'accepter la réalité, c'est à lui de choisir.

 

Cesser de se bercer d’illusions
Ainsi, l'Homme peut se mentir à lui-même, il peut travestir ce dont il a connaissance. Ce mensonge tient de la mauvaise foi, l'Homme le choisit en connaissance de cause, c'est un acte volontaire dont lui seul est responsable. Mais par son libre-arbitre, par sa faculté de pouvoir choisir, l'Homme peut cesser de se bercer d'illusions, agir avec humilité, accepter la réalité, y faire face, affronter donc les obstacles dont la vie sur terre regorge. Pour cela, l'Homme peut trouver les ressources nécessaires lui permettant d'accepter ce qui le contrarie. Ces ressources, il peut les trouver soit au travers de la psychothérapie, des méthodes de développement personnel ou d’une recherche de spiritualité.

 

« Se la raconter » est donc un comportement qui cherche à nier l’image que nous avons de nous-même, ce qui est illusoire et fortement consommateur d’énergie, puisqu’une fois confronté à la situation qui nous inquiète, nous ne disposerons pas davantage de la ressource dont nous avons besoin. Profitons du fait que ces petits aménagements de la réalité sont les miroirs des manques que nous ressentons pour les repérer et y remédier. Histoire de mieux vivre avec nous-même.

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