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Perte d'emploi : pourquoi c'est si difficile moralement…

Info & Savoir

Des licenciements ne constituent pas seulement des faits quantifiables (nombre d'emplois perdus, nombre de personnes reclassées, mises en préretraite, indemnités financières, formations offertes, déménagements éventuels), ils représentent aussi autant d'épreuves, de ruptures, de traumatismes, de pertes de repères et d'identité. Derrière chaque « perte d’emploi », il existe également une « perte de soi ».

« Licenciement, premiers contacts avec Pôle Emploi et premières candidatures à droite à gauche. Un mois, deux mois, trois mois... Une candidature sans réponse, deux, puis dix. Le regard de l'entourage qui se modifie petit à petit, l'inquiétude des proches qui s'intensifie, le cycle infernal de la perte de confiance en soi qui démarre… » Voici le scénario qui s’installe quand on perd son emploi, comme nous l’explique si bien Anne-Marie, 51 ans, secrétaire comptable licenciée il y a trois ans par une société dans le BTP.

 

Différentes manières de vivre le chômage

La façon de vivre son chômage dépend de plusieurs variables sociales : l’âge, le sexe et l’appartenance sociale.

 

. L’âge
Le rapport au travail et le réseau des relations sociales est différent selon l’âge. Les jeunes n’ont pas le même rapport au travail que ceux qui se situent à un moment de leur vie où le travail permet de définir un statut social affirmé et qui ont construit leur vie sociale sur des relations de travail.

 

. Le sexe
Le rapport au travail est parfois différent pour les hommes et les femmes. Le rôle de ces dernières dans la famille peut parfois leur permettre de vivre différemment la perte de leur emploi. Mais cela n’est pas vrai pour les mères célibataires et les familles monoparentales.

 

. L’appartenance sociale
Cette variable est définie par plusieurs éléments : le revenu, le niveau culturel et la profession. En effet, quelqu’un qui a hérité d’un patrimoine immobilier et d’une habitation principale vivra le chômage différemment d’une personne se trouvant devant l’incapacité de payer son loyer.

 


 

Le démarrage d’un cercle infernal
« Chacun réagit à sa manière » explique Sylvaine Pascual, Coach en relations humaines et reconversion professionnelle. « En revanche il y a tout de même des tendances qui s’amplifient à mesure que la durée du chômage s’allonge, comme le découragement ou la dévalorisation. » Effectivement, passée l’étape des recherches dans leur secteur d’activité, le besoin de retravailler se fait pressant. Aussi, beaucoup de demandeurs se rabattent sur d’autres offres d’emploi qui n’ont parfois rien à voir avec ce qu’ils souhaitaient faire.


Pourtant bienveillants, famille, amis et connaissances ne peuvent pas toujours comprendre la situation. « On sous-estime énormément la solitude du chercheur d’emploi vis-à-vis de son entourage qui ne mesure pas toujours ce que la personne traverse émotionnellement, surtout s’il n’a jamais été lui-même en situation de chômage » explique Sylvaine Pascual. Selon Sylvaine Pascual, au-delà du regard des proches parfois difficile à supporter, il y a également une certaine amertume face à l’image que la société renvoie des chômeurs, du fait de la déconsidération générale dont ils font l’objet.


Vers la perte d’estime de soi
Après la perte d’emploi, certains rebondissent rapidement quand d’autres remettent en question leur valeur en tant que personne et en tant que professionnel. Les conditions dans lesquelles ils ont perdu leur travail poussent parfois fortement à une remise en question. L’estime de soi peut alors être profondément malmenée et l’une des conséquences directes est le sentiment d’avoir perdu confiance en soi.

 

On assiste alors à la valse des questions qui tuent, comme le “pourquoi moi?” qui implique automatiquement un remise en cause, une victimisation ou encore des jugements sur soi sans appel, une définition en tant que chômeur particulièrement lourde à porter. Voici quelques éléments exprimés par ces chercheurs d’emploi, qui sont autant de difficultés à surmonter, qui se renforcent les unes les autres et qui augmentent la mésestime de soi et la perte de confiance.
  
La perte d’emploi est immédiatement suivie de conséquences lourdes sur les plans existentiels, matériels et psychologiques : la perte financière, bien entendu, mais aussi la perte du statut et de l’utilité sociale, le sentiment d’échec, l’isolement, le manque de reconnaissance et d’intégration, Il en résulte souvent un sentiment profond de n’être plus rien, qui se traduit par un discours intérieur destructeur, sur le mode du « je suis nul » ou « je n’y arriverai jamais ».

 
Les chercheurs d’emplois se trouvent brutalement assimilés au groupe des chômeurs, groupe auquel personne n’a particulièrement envie d’être associé, et qui devient leur identité. L’appartenance non désirée à ce groupe soumis à des caractéristiques ultra négatives qui sont autant d’idées reçues, qu’ils ont parfois eux-mêmes véhiculés avant de se retrouver dans cette situation.

 

Nous avons tous entendus ces clichés répandus sur ceux qui profitent du système, qui vivent aux crochets de la société sans vraiment chercher un emploi, etc. Au-delà des clichés, il y a aussi toutes les généralisations transformées en vraies fausses vérités universelles entre autres par les médias, et qui deviennent des croyances limitantes  freinant grandement l’aboutissement de la recherche, comme par exemple « Après 50 ans, on ne retrouve pas de travail ». 
  
Sans oublier, ajoute Sylvaine Pascual « le poids des proches qui interrogent sur l’avancement de la recherche, qui donnent des bons conseils et qui sont totalement focalisés sur la nécessité première de retrouver un emploi le plus vite possible, ancrant sans le savoir le chômeur dans son incapacité immédiate à répondre à cette priorité absolue, et faisant peser sur lui une pression d’autant plus difficile à vivre qu’elle vient de ceux dont ils attendent soutien et compréhension. » Abreuvé jusqu’à l’écœurement de conseils normatifs et souvent contradictoires selon les sources, le chercheur d’emploi s’y perd, s’y noie et s’y désespère, car si on se préoccupe de son cas, qui se préoccupe de lui ?


De la victimisation
Lorsqu’on a subi un licenciement dans des conditions difficiles comme par exemple une mise au placard prolongée, des évaluations négatives infondées, le fait de se sentir victime d’un jeu dont les règles nous échappent, d’être un pion malmené par une hiérarchie sans âme, peut générer une victimisation très forte dont il est peu évident de ressortir sans aide.
 
La spirale de l’échec
Pour peu que la personne ait été licenciée à plusieurs reprises ou que ses candidatures restent sans réponses, ou encore que quantité d’entretiens n’aboutissent pas, difficile alors de ne pas être affecté par un lourd sentiment d’échec qui s’amplifie à chaque tentative et qui mène à une dévalorisation peu propice à la réussite de la recherche. Pour certains, la dépression n’est pas loin et d’autres vont même jusqu’à perdre tout désir de vivre.
 
En effet, chaque année en France près de 900 personnes au chômage se suicident faute d'un accompagnement médical adéquat. Pour Michel Debout, pionnier de la prévention du suicide, ce drame silencieux peut et doit cesser. Près de cinq millions de personnes touchés psychologiquement et physiquement par la privation d'un travail ne bénéficient d'aucun suivi médical spécifique. Or ce facteur pèse parfois de façon dramatique lorsque des hommes et des femmes en viennent à mettre fin à leur jour...


Au lieu de laisser de côté ceux qui sont exclus du marché du travail, Michel Debout pense que l'approche préventive des risques de santé au chômage aurait pour but de relier les différents temps de la vie (travail, chômage, retraite). Conjointement avec la bataille pour le droit au travail, la mise en place d'une réelle action de prévention des risques que fait courir le chômage aux personnes privées d'emploi est urgente et indispensable au mieux vivre ensemble de la société française.

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