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Où commence l'inceste ?

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Il existe différents degrés d'inceste même si la définition stricto sensu reste précise. Enquête au coeur d'un sujet tabou qui touche pourtant tous les milieux, même les plus aisés.

Au sens strict, l'inceste désigne clairement « une relation sexuelle entre membres de la même famille ». Dans la culture gréco-romaine et donc dans notre pays, elle est bien entendu liée à l'histoire tragique d'OEdipe. A la différence majeure que si le destin s'est moqué de lui jusqu'à l'acculer à se crever les yeux, OEdipe ne connaissait pas ses parents. C'est donc sans l'avoir prémédité qu'il a tué son père et épousé sa mère.

 

Et si l'on veut remonter plus loin, on peut dire que l'interdiction est biblique. Le mot d'inceste n'est pas cité, mais les interdictions sont bel et bien présentes, tout comme dans le Coran ou le Talmud. Dans le viol incestueux, la connaissance du lien familial est bien réelle.

Autre caractéristique de l'inceste : fait assez exceptionnel, d'après Claude Levi-Strauss, le tabou de l'inceste est une règle universelle. Il y a bien entendu des variantes, mais le fait est que l'instinct de conservation de la race humaine a influencé son comportement : pas de lien incestueux a en effet pour conséquence d'avoir des enfants plus sains génétiquement.

Une façon de voir bien terre à terre et pourtant essentielle à la survie au travers des âges, car liée à la sexualité et au patrimoine génétique. La consanguinité peut avoir des conséquences dramatiques en matière de transmission de tares et anomalies génétiques en particulier sur les premières générations qui naissent. Ensuite c'est souvent la fécondité qui est affectée et mène donc à l'extinction de la lignée lorsque la médecine ne peut plus intervenir.

 



Cela explique aussi la législation de certains pays qui interdit le mariage si les liens de parenté sont trop étroits. En France, il est interdit de se marier avec les ascendants et descendants directs, mais aussi entre frère et soeur, ou demi-frère et demi-soeur. Pour ce qui est de l'union beau-père et belle-fille, belle-mère et gendre, oncle et nièce, tante et neveu, ils sont a priori interdits, mais peuvent faire l'objet d'une dispense sous certaines conditions.

L'inceste est aussi étroitement lié à la notion de maltraitance sexuelle en matière de Justice.

Si l'inceste est évident lorsque l'on parle du père ou de la mère, la notion est plus large que cela. Le degré de parenté est difficile à préciser en fonction du pays où l'on se trouve et de l'époque à laquelle on se place. Frère et soeur, mais aussi relations homosexuelles sont concernés. Les témoignages prouvent que l'âge des enfants est aussi incroyablement différent : cela concerne tous les mineurs, y compris les bébés...

Si l'on se place du point de vue du droit, une première différence est introduite dans le jugement de l'inceste en fonction de l'âge de la victime. Mineur ou majeur, quand bien même consentant, cela compte. En France, la notion d'inceste avait disparu du code pénal pendant la révolution. Les juges se basaient donc sur les lois régissant l'agression sexuelle ou le viol avec la circonstance aggravante de « personne ayant autorité sur la victime ». De ce fait, les liens du sang ne sont pas forcément nécessaires pour commettre un inceste. Par exemple, un père adoptif sera puni comme un père tout court.

Si le degré de parenté est bien précisé en matière législative, il est considérablement élargi en matière psychologique. Mais le tabou reste présent, Freud l'a étudié et a mis en avant son utilité : il permet de maintenir une différence entre les générations et une certaine cohésion familiale, évitant ainsi la survenue de la jalousie au sein de la famille.

Les anthropologues ont quant à eux noté que le tabou était effectivement universel, à l'exception notable de la classe dite aristocratique ou royale. Ainsi dans des civilisations fort différentes, les rois, les pharaons, les dieux grecs, et même Mahomet dans la religion islamique ont été autorisés à ne pas suivre cette règle. Levi-Strauss a exploré le sujet et insisté sur son importance : le fait de ne pouvoir épouser sa soeur ou sa mère, oblige la famille, le clan, la tribu à nouer des liens avec l'extérieur pour donner lieu à des mariages et unions, qui sont à la base de la constitution d'alliances entre groupes sociaux différents.

Une théorie que l'on peut vérifier au niveau individuel. Ainsi, les cas célèbres d'enfermement de jeunes filles par des hommes qui les ont gardées prisonnières pendant des années, allant jusqu'à leur faire des enfants sont une vraie caricature des relations incestueuses, mais aussi de la théorie de Levi-Strauss. Car le coupable de l'inceste a toujours pour but ultime de garder auprès de lui sa victime en lui présentant le monde extérieur comme hostile. A contrario, une éducation normale a pour objectif de préparer sa progéniture à se lancer dans la vie et donc à quitter sa famille, à nouer alliance avec l'extérieur.

On le voit, les visions sont nombreuses : génétique, sociologique, légale, mais c'est ici la notion psychique et psychologique qui nous intéresse.

L'inceste en tant que viol a été comparé à un véritable « meurtre psychologique » car il a des conséquences et ramifications insoupçonnées en particulier lorsqu'il est pratiqué sur un mineur. Il compromet son futur développement psychologique, dans sa dimension affective et sexuelle. Le viol en tant que tel n'est pas le seul à avoir des répercussions, les caresses et attouchements, la masturbation face à un enfant... sont tout aussi importants. Ils peuvent aussi être punis.

Il est évident que la sexualité des victimes va subir des conséquences négatives suite à ce type d'acte. C'est la raison pour laquelle il faut être à même de pouvoir les connaître afin de mettre en place une possibilité de suivi, voire de traitement à court et long termes. D'autant que les choses ne sont pas toujours aussi claires qu'on le souhaiterait.

Si en matière juridique, il faut définir des limites afin d'appliquer des peines précises, dans le domaine psychologique, cela est bien différent. Sans qu'il n'y ait d'inceste à proprement parler, les regards et les gestes incestueux sont tout aussi graves. D'autant que dans ce cas, les victimes estimant qu'il n'y a pas « vraiment » d'inceste, estiment qu'elles ne sont pas en droit de se plaindre véritablement.

Il est assez normal pour un enfant de ne pas vouloir incriminer son parent, ni une personne très proche de la famille, afin de ne pas avoir la responsabilité de tout faire voler en éclat. L'angoisse est trop présente, et l'âge de l'enfant influe évidemment beaucoup sur sa possibilité de réaction. Une adolescente sera normalement beaucoup plus informée ce qui pourra peut-être la pousser à se rendre dans un lieu où elle pourra s'exprimer. Encore faut-il avoir toute la force disponible pour y parvenir. Car si dénoncer un étranger à ses parents est une chose... le contraire est ressenti comme une véritable trahison.

Le déni est le comportement habituel, entraînant ainsi une réaction en chaîne d'effets indésirables à un développement psychique normal. Lorsque l'on sait que les enfants sont déjà perturbés s'ils entendent leurs parents faire l'amour, on peut imaginer ce qui peut se passer dans des circonstances plus graves.

Un climat incestueux peut être tout simplement le fait de laisser volontairement la porte de la chambre ouverte pour que l'enfant soit témoin, ne fut-ce que par l'ouïe des ébats parentaux. Et dans ce cas, aucune trace physique, mais des perturbations à prévoir. D'autant que si l'enfant se plaint, c'est souvent lui que l'on va accuser d'avoir de « mauvaises pensées ». De plus, le fait d'assister à distance aux ébats du ou des parents donne à l'enfant l'impression qu'il est en quelque sorte complice, surtout si cela provoque chez lui une certaine excitation, totalement logique. La promiscuité est un facteur qui ne joue pas en faveur d'une relation facile entre générations.

Mais un climat incestueux peut s'installer de façon quasi inaperçue. Le phénomène des familles recomposées ne vient d'ailleurs pas faciliter les choses, avec des enfants de différents lits obligés de cohabiter ensemble plus ou moins sereinement.

Les psychologues mettent en avant que la société change et que certains types de comportements deviennent plus courants. Parmi ceux-ci : Le père ou le beau-père copain avec sa fille ou sa belle-fille, qui n'arrive pas à mettre en place les limites normales dans sa communication. Il fera des commentaires sur la jeune poitrine, sur les tenues plus ou moins sexy, en bref ne tiendra pas sa place. Cela peut provoquer en retour un vrai flottement au niveau de l'adolescente qui ne sait plus comment se positionner.

Les mères et belles-mères qui jouent les top-models ou les séductrices face à leur fils ou beau-fils, n'hésitant pas à se montrer en petite tenue ou à demander l'avis de leur rejeton sur leur nouveau compagnon.

Les mères copines avec leur fille, le cas le plus courant : on voit une mère à l'allure de grande soeur auprès de sa fille et qui n'hésite pas à partager avec elle certains détails de sa vie sexuelle ou amoureuse, comme si elle était avec une amie de son âge. Le fait que de nombreuses mères vivent seules avec leurs enfants est évidemment propice à des confidences qui n'ont parfois pas lieu d'être.

En bref, on le voit, la confusion des rôles est parfois plus proche du quotidien qu'on ne peut le penser. Et cela entraine fréquemment des perturbations au niveau des enfants. Le problème est que personne ne veut en convenir. On se réfugie derrière le fait que cela n'a rien à voir avec un inceste. Ce qui est vrai. Cela a tout à voir avec un climat incestueux, qui se construit souvent de façon totalement inconsciente et sans intention de nuire. Il n'en demeure pas moins que les consultations se multiplient sur ce genre de cas.

Sans vouloir excuser les parents, il arrive qu'eux-mêmes aient eu une éducation défaillante. Il arrive donc fréquemment que les parents aient des attitudes très ambigües en particulier envers les adolescents, tout simplement parce que leurs parents se sont conduits ainsi dans leur enfance.

 

Porte ouverte de la salle de bains ou des toilettes, mélange de sous-vêtements entre mère et fille sont autant de gestes déplacés et qu'il convient de s'interdire au quotidien. Il en va de même pour les enfants qui prennent l'habitude de dormir avec l'un des parents, voire les deux.

 

Cela peut bien entendu se faire de façon exceptionnelle : l'enfant est très malade, très angoissé, il faut le rassurer bien entendu. Mais pas nuit après nuit. De même, lorsque l'un des parents fait sa vie avec une personne beaucoup plus jeune, ou pire une personne amie de l'enfant devenu jeune adulte, il y a brouillage total des conventions, si cela vient s'ajouter à une série de problèmes antérieurs.

Les cabinets de psychiatres ont tous des patients qui leur parlent de ces éléments qui les empêchent de continuer leur vie de façon normale.

Finie la permissivité, les pédopsychiatres le disent et le redisent : les parents ont pour devoir de poser des limites précises pour le bien-être de leurs enfants. Mais il ne s'agit pas seulement des limites à leur donner afin qu'ils soient bien élevés et comprennent qu'ils doivent obéir à des adultes qui en savent plus qu'eux. Cela signifie aussi qu'ils doivent se donner à eux-mêmes des limites à ne pas dépasser. Finie la vie à deux lorsque l'on a des enfants. Et même lorsque l'on élève son enfant seul, la règle reste valable.

Avant, on peut faire l'amour quand on veut, laisser les portes ouvertes si on le souhaite, tout se passe entre adultes. Après la naissance de sonenfant, il faut que chacun préserve son intimité et que la sexualité des parents, leurs confidences continuent à se faire de façon discrète et entre adultes. Le mélange des genres est toujours mal vécu et peut avoir des conséquences graves.

On le voit, si l'inceste en tant que tel est défini légalement, le sujet est bien plus épineux qu'il n'y paraît. Les attouchements, caresses sont également incestueuses. Mais les comportements incestueux, ainsi que les paroles sont eux bien plus courants, et ne sont aucunement concernés par la loi. C'est sur ce point qu'il convient d'agir et le premier pas est d'en prendre conscience. Pour cela, il faudrait que l'information soit plus large afin que chaque parent puisse se poser la question de savoir si son comportement est toujours adapté. Car les mères qui se confient à leurs filles sur leurs amours, ou les pères qui aiment taquiner leur fille sur leur poitrine n'ont pas envie de nuire à leurs enfants, même si c'est en effet ce qui se passe...

Plutôt que d'avoir des enfants devenus adultes qui commencent à consulter pour se libérer de tout cela, mieux vaudrait avoir des parents qui acceptent de se poser les questions nécessaires ou qui soient interpellés pour consulter eux-mêmes. Ils seront ainsi plus à même de réagir et d'en finir avec des attitudes qui finissent par se perpétuer génération après génération...

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