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Docteur Michel Cymes : la médecine et moi

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Le Docteur Michel Cymes est partout à la fois, dans les médias et dans ses consultations à l’hôpital, et ce n’est pas pour déplaire à ses patients et à ses nombreux fans. Médecin de la télévision et de la radio depuis dix-huit ans, il jongle allègrement avec six émissions sur France Télévisions et tous ses livres sont des succès. Brillant, charmeur, bourré d’humour, pas « grosse tête » du tout, le plus célèbre ORL de France semble avoir tous les talents, à commencer par l’empathie et la bienveillance. Rencontre souriante autour de sujets sérieux.

 

Vous faites des records d’audience à la télévision, tant avec vos émissions médicales sur France 5, qu’avec « Les pouvoirs extraordinaires du corps humain », « Aventures de médecine » et « Tout le monde joue avec sa mémoire » sur France 2. D’autres émissions en prime-time sont-elles en préparation ?

 

Dr. Michel Cymes : Oui, nous avons tourné d’autres émissions pour « Aventures de médecine » et pour « Les pouvoirs extraordinaires du corps humain » qui seront diffusées prochainement, mais en raison des changements récents à la tête de France Télévisions, nous attendons de connaître les prochaines grilles de la rentrée. Le jeu de divertissement présenté en duo avec Nagui était quant à lui un « one-shot ». Mais l’émission a tellement bien marché – même au-delà de nos espérances – que tout est possible, même si je ne suis pas persuadé que ce concept de jeu se prête à de nombreuses thématiques médicales. A suivre donc…

 


 

Les Français se passionnent pour tout ce qui touche à la santé et aux capacités humaines. D’après-vous, qu’est-ce qui explique cet intérêt accru pour la médecine et les neurosciences ?

 

C’est vrai que l’on note un réel intérêt des Français pour la santé en général. Quand vous dites aux gens qu’ils vont gagner un mois d’espérance de vie par trimestre, cela entraîne forcément une prise de conscience.  Sachant que l’on a la possibilité de vivre plus longtemps, autant se prendre en main pour que ces années gagnées se passent le mieux possible, donc en bonne santé. Mais une prise de conscience générale ne peut pas se substituer à une prise en main individuelle.

 

Et celle-ci passe forcément par la prévention : manger plus sainement, avoir une activité physique régulière, faire travailler son cerveau... En ce qui concerne l’intérêt pour les neurosciences, toutes les études montrent que ce qui intéresse le plus les gens, c’est justement le cerveau et ses capacités. Le développement actuel des maladies neurodégénératives renforce cet intérêt. Là encore, c’est logique, on veut tous vivre le plus longtemps possible, en bonne santé et avec de bonnes capacités intellectuelles et cognitives.

 

 

Vous faites partie des personnalités préférées des Français. Cette position de « numéro un » vous fait-elle plaisir ? Quel rapport entretenez-vous avec la célébrité et la popularité ?

 

Bien sûr, les résultats de ce sondage et cette popularité me font très plaisir ! On a tous une petit part d’égocentrisme en nous et ça renforce donc l’estime de soi. J’avoue que même si je reste étonné par cette popularité, qui est forcément liée au fait que j’apparais dans de nombreuses émissions de télévision où l’on apprend des choses aux gens, je commence à peine à me faire à l’idée que les gens m’aiment bien.

 

Je suis avant tout un médecin et ce qui compte pour moi, c’est impérativement que mes patients aient confiance en moi. J’ai besoin de cette entente avec mes patients pour exercer mon métier au quotidien. Ma singularité, c’est qu’en plus de mes consultations à l’hôpital, je suis aussi médecin à la télé. Et j’avoue que je suis sidéré de voir que j’arrive en tête de ce type de sondage sur « Les personnalités préférées des Français ».

 

Mais en même temps, c’est vraiment génial ! Car dans le dernier sondage du magazine Stratégies, j’apparais en tête dans plusieurs classements, à la fois comme « le plus sérieux », « le plus drôle » et « le plus compétent ». Ce qui est capital pour moi, c’est que je garde ma crédibilité qui est fondamentale, car c’est l’essence même, la base de mon métier de médecin.

 

 

Surtout que vous êtes également très apprécié dans le monde médical et dans les médias, deux univers qui ne sont pas réputés pour être très tendres…

 

C’est vrai. J’ai aussi cette chance. Je pense que vis-à-vis du corps médical, c’est parce que je ne dis pas de conneries. Dernièrement, le Professeur Maurice Mimoun a dit de moi en parlant de mes émissions sur la santé à la télévision : « Il nous représente très bien ». Je pense qu’il ne peut pas y avoir de plus bel hommage de la profession que celui-ci.

 

Je crois que j’ai surtout participé à donner de la médecine une image moins universitaire, moins péremptoire, moins donneuse de leçons. Si je représente bien mes confrères, c’est génial ! Mais rassurez-vous, tout cela ne me monte pas à la tête. Et je n’arrive pas à prendre le melon ! (rires) Pour faire mon travail et mes émissions, j’ai surtout l’immense chance d’être très bien entouré. Si je n’avais pas une équipe de si grande qualité à mes côtés, je n’arriverais pas à faire le quart de ce que je fais.

 

 

Justement, vous êtes à la fois médecin, auteur, présentateur radio et télé, chef d’entreprise, et même parfois acteur… De toutes ces casquettes, laquelle préférez-vous aujourd’hui ? Et à l’avenir ?

 

Ma priorité, c’est l’hôpital. Ce n’est pas une question de préférence, mais une question de priorité. Même si je m’éclate à faire en plus de la télévision et m’amuse parfois aussi à jouer dans des fictions, l’essentiel pour moi, ce sont les trois à quatre consultations par semaine que je fais à l’hôpital. Tout le reste de mon planning - et notamment la télé - est organisé autour de ces consultations.

 

C’est fondamental pour moi. Le contact permanent avec mes patients participe au fait que je garde les pieds sur terre. D’ailleurs je refuse plein de choses et notamment de beaux projets pour pouvoir continuer à exercer mon métier de médecin. C’est en plus une sécurité absolue. Si demain, je devais m’arrêter de faire de la télévision, je pourrais réinstaller un cabinet du jour au lendemain, puisque je n’aurais jamais cessé d’exercer.

 

 

Et si vous deviez un jour choisir entre la médecine et la télévision ?

 

Si je ne devais faire qu’une chose, ce serait mon métier, la pratique de la médecine. C’est ma vie. Et en plus, mon avenir est assuré en tant que médecin, alors qu’à la télévision, tout peut s’arrêter du jour au lendemain. La télévision est une activité passionnante, incroyable, quand tout va bien. C’est mon cas, j’ai cette chance, mais pour combien de temps ?

 


 

Vous faites partie des médecins qui, comme le pédopsychiatre Marcel Ruffo, ont vulgarisé la médecine, tant en radio, qu’en télé, dans les livres et sur internet. Jugez-vous les Français beaucoup mieux informés aujourd’hui ?

 

Les Français sont beaucoup « plus » informés. D’ailleurs, quand je rencontre un patient, il a tendance à venir avec son propre diagnostic, suite à ses propres recherches sur internet ! Le souci, c’est que c’est rarement le bon ! (rires) C’est vrai qu’il existe aujourd’hui nombre de livres, de sites, de magazines et d’émissions qui vulgarisent plutôt bien les sujets de santé en général.

 

Tout cela participe à une meilleure prévention santé. Il y a aujourd’hui d’excellents journalistes spécialisés dans le médical mais il existe aussi des médecins à la radio et à la télévision qui font très bien leur boulot. Ils sont tous utiles et complémentaires et participent à une meilleure information, plus facilement compréhensible par le grand public.

 

 

Quel rapport entretenez-vous avec votre propre santé ? La maladie vous inquiète-t-elle ?

 

Elle ne m’inquiète pas. J’ai 57 ans. Comme tout le monde, je vieillis, mais j’ai la chance d’avoir une bonne constitution. Il faut dire aussi que j’ai - et ai toujours eu - une bonne hygiène de vie et je n’ai pas de problème de poids. Sur ma santé, je reste vigilant, mais je ne suis ni inquiet ni hypocondriaque. Je ne pratique pas d’autodiagnostic. Je vais voir mes confrères s’il le faut. Je fais gaffe. Et si je sens quelque chose arriver, je ne laisse pas traîner la situation.

 

 

Faites-vous confiance aux médecines douces et aux thérapies dites complémentaires ?

 

J’ai été très fermé au début, comme pas mal de mes confrères. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus ouvert. Si l’OMS les qualifie de « médecines complémentaires »  - et non de médecines « douces » car elles n’ont rien de doux – ça veut bien dire l’essentiel : elles viennent « en complément » de la médecine traditionnelle. Je reste rationnel, mais ouvert. Si j’ai très mal au dos et qu’on me conseille un excellent magnétiseur qui fait des merveilles, je n’hésiterais pas à le consulter.

 

 

Des sujets de santé publique vous préoccupent-ils plus que d’autres actuellement ? Lesquels et pourquoi ?

 

La vaccination. Il existe dans notre pays un vrai problème de désinformation sur ce sujet.  Il existe une ligue pour la soit disant liberté de vaccination. Résultat, depuis quelques années, les Français hésitent à faire vacciner leurs enfants. Cette désinformation est d’après moi un problème de santé publique majeur.

 

Et je trouve que les médecins ne se battent pas assez pour que les choses changent sur ce point. Quand on sait que certains vaccins évitent à 100% un problème, on n’est vraiment pas raisonnable de refuser la vaccination. Surtout qu’après, si le problème vous tombe dessus, vous regretterez amèrement d’avoir refusé la vaccination pour vos enfants ou pour vous.

 

 

Pensez-vous que l’être humain a des facultés qu’il n’a pas encore développées et que l’on pourra aller encore plus loin dans les années à venir ?

 

Sans être un grand spécialiste de la question, quand on voit qu’on peut arriver à faire bouger un bras robotisé par la simple pensée, on comprend que l’être humain a encore des capacités énormes et qu’elles sont sous exploitées. C’est ce que nous démontrons d’ailleurs régulièrement dans l’émission « Les pouvoirs extraordinaires du corps humain ». Il suffit de remonter quelques années en arrière, pour constater les énormes progrès de la Recherche, de la médecine et des neurosciences. Ce que j’ai appris c’est qu’il est impossible d’avoir des certitudes en médecine. Maintenant, il y a quand même des choses que j’ai du mal à imaginer, comme par exemple arriver à greffer une tête sur un corps, voire réussir des greffes totales de cerveau.

 


Qu’attendez-vous de la Recherche médicale dans le futur ? Pensez-vous notamment qu’on pourra contrer les maladies neurodégénératives comme l’Alzheimer ?

Le grand défi, ce sont les cancers. On arrive aujourd’hui à des résultats positifs compris entre 50 et 60% tous cancers confondus. J’aimerais, avant de mourir, voir ce pourcentage de rémission passer à 90%. Plus on arrivera à dépister le maximum de cancers très tôt, plus on arrivera à de meilleurs résultats. Je suis particulièrement sensible et déprimé par les cancers qui touchent les enfants. En ce qui concerne les maladies neurodégénératives, je pense qu’on arrivera prochainement à venir à bout du Parkinson, dès que l’on arrivera vraiment à compenser le manque de dopamine. Concernant la maladie d’Alzheimer, l’objectif est d’arriver à la dépister le plus tôt possible en évitant le dépôt de plaques.

 

 

Quelle est votre propre définition de l’intelligence ?

 

Ma définition de l’intelligence passe obligatoirement par l’ouverture d’esprit. Car cette ouverture d’esprit implique la curiosité, la tolérance, la soif d’apprendre.

 

 

L’humour - que vous pratiquez allègrement et qui participe à votre succès  - est-il une forme d’intelligence ?

 

L’humour, c’est une forme de tolérance. Mais à condition de faire de l’humour en acceptant par ailleurs l’humour qu’on vous fait. C’est presque une forme d’intelligence en effet. Car à l’inverse, les gens qui sont totalement dénués d’humour manquent souvent d’intelligence relationnelle et d’intelligence du cœur.

 

 

Vous semblez heureux et épanoui. Quelle est votre recette personnelle du bonheur et votre propre philosophie de vie ?

 

J’ai en permanence deux maximes qui gèrent ma vie. Premièrement, celle de Lao Tseu : « Souris aux gens que tu croises en montant, ce sont les mêmes que tu croises en descendant. » Et la deuxième, « Mektoub », une exclamation arable qui veut dire « C’est écrit » ou « Ce qui doit arriver arrive ». Ce n’est pas du fatalisme. Pour moi, ça veut dire plutôt, « rien n’est grave ». A chaque fois que j’ai eu des échecs dans ma vie, je me suis dit « c’est un mal pour un bien ». Quand je rate quelque chose, je me dis « ce n’est pas grave, ce n’était pas le jour » et je relativise. J’ai eu un grave problème de santé qui m’a appris à relativiser. J’ai décidé de me battre, convaincu qu’il y aurait des jours meilleurs après. Et je ne me suis pas trompé. J’essaye d’appliquer et de suivre ces deux maximes tous les jours de mon existence. Oui, la vie est belle !

Propos recueillis par Valérie Loctin.

 

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