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Le cachemire est responsable d'une catastrophe écologique

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Pays d'éleveurs nomades, la Mongolie a misé une grande partie de son développement économique dans l'élevage intensif de chèvres cachemire. Deuxième producteur mondial après la Chine, cette terre de steppes et de garrigues pourrait d'ici dix ans être frappée par la désertification de 96 % de son territoire du fait de surpâturage. Une catastrophe écologique avec pour conséquences directes des tempêtes de sable de plus en plus nombreuses et dévastatrices en Chine et même jusqu'en Amérique. Mais aussi une catastrophe humanitaire sans précédent.

Avec 3 500 tonnes de cachemire par an, soit un tiers de la production mondiale, la Mongolie est devenue le deuxième pays producteur de cachemire au monde après la Chine. Les conditions climatiques ont permis le développement de troupeaux de chèvres de différentes races pures qui fournissent les poils à la base du réputé, pull en cachemire, en Occident. Selon les professionnels, le cachemire de Mongolie est le meilleur du monde.

 

Sa qualité dépend de différents facteurs tels que la longueur du poil, son diamètre et le processus qui a permis l'élaboration du fil. Avec des poils de 43 mm de longueur en moyenne et un diamètre de 14 microns, la République de Mongolie produit un des meilleurs cachemires au monde.

 

À une altitude moyenne de 4 000 mètres vit la Capra Hisca, chèvre dont la taille se situe entre la chèvre domestique européenne et la chèvre naine, aujourd'hui domestiquée, également connue sous le nom de chèvre Pashmina. Pour faire face à l'hiver, qui dure presque six mois, et pour supporter des températures qui atteignent facilement les moins quarante degrés, l'animal est doté d'une épaisse toison de laine recouverte de longs poils. C'est de cet animal, que vient cette laine extraordinaire qui a rendu célèbre le terme « cachemire » dans le monde entier.

 




Après 70 ans de communisme et d'économie planifiée, la Mongolie, pour s'intégrer à l'économie mondiale a misé sur trois axes de développement, l'industrie minière, le tourisme et le cachemire. Pour sensibiliser la population à l'élevage des chèvres dites cachemire et encourager la production de cette laine très prisée, l'État a privatisé les troupeaux, mesure qui a incité les éleveurs nomades à intégrer ces petites chèvres dans leurs troupeaux.

 

Mais le processus de production du cachemire est lent : il faut 4 à 5 années pour qu'une chèvre produise assez de cachemire pour faire un pull. En sachant qu'une chèvre ne produit environ que 100 grammes de cachemire utilisable. Il faut en moyenne trois chèvres pour fabriquer un pull-over. L'attrait pour le cachemire, notamment en Occident et sa rentabilité ont donc conduit les éleveurs à multiplier le nombre de chèvres pouvant atteindre 80 % du cheptel. Une mine d'or pour ces paysans en raison de la réputation du cachemire mongol reconnu dans le monde pour son exceptionnelle qualité et sa longévité.

« Le plus fin au monde produit par les rares chèvres à cachemire élevées sur les hauts plateaux montagneux élevés, secs et froids qui, pour survivre dans ce climat rigoureux développent sous leurs poils externes une couche de fibre duveteuse, fine et douce affirm»ent les industriels du textile.

 

Une manne financière incontestable qui montre aujourd'hui ses revers. En effet, la surproduction engendrée pose un problème majeur environnemental sur la steppe et la garrigue de ce territoire. Contrairement au mouton qui piétine l'herbe et par ce procédé facilite la dissémination, la chèvre cachemire elle, coupe l'herbe, l'arrache et mange tout jusqu'à la racine.

 

Une attaque en règle des fragiles steppes du Gobi et de l'Altaï, qui ne peuvent plus se reconstituer d'une année sur l'autre. La désertification du fait du surpâturage est apparue progressivement. Les études ont montré que le pâturage continu sur les mêmes terres cause plus de dommages qu'un système de pâturage par rotation des troupeaux itinérants. Ces troupeaux denses et stationnaires tuent l'herbe.

D'autant qu'une fois que les pâturages et les sols de cette région herbeuse mais ventée sont endommagés, la désertification peut intervenir rapidement et bouleverser de façon irrémédiable l'équilibre du territoire.

De fait, dans son plan d'action national pour l'environnement, la Mongolie prévient que le désert de Gobi, au sud du pays, risque d'avancer vers le nord au rythme de 500 mètres par an. Au-delà de ce problème, c'est l'identité culturelle et même la survie des Mongols qui est remise en cause.

 

Traditionnellement, la culture mongole est basée sur le mouton, qui nourrit avec sa viande, habille avec son cuir et sa laine, couvre la yourte avec le feutre qu'on en fait ; de ce fait l'augmentation des chèvres dans le troupeau perturbe cet équilibre. Les éleveurs autrefois nomades se sont sédentarisés à proximité des infrastructures et de ce fait il n'existe pratiquement plus de jachères naturelles, qui permettaient autrefois à la terre de se reconstituer.

 

Un constat qui a conduit plusieurs ONG à tirer la sonnette d'alarme, dénonçant « la mise à sac de cette région fragile »arguant du fait que l'industrialisation de la laine de Cachemire en Mongolie allait avoir des conséquences à court terme sur l'existence même de la population du fait de la destruction progressive de son territoire et de son mode de vie auxquelles s'ajoutent les longues périodes de sécheresse et de grands froids qui, ces dernières années, ont décimé le cheptel.

 

Au-delà de ces conséquences environnementales, c'est l'économie du pays qui est perturbée car malgré cet élevage intensif, le pays n'a pas les moyens d'as- surer la transformation et la commercialisation de l'ensemble de sa production de cachemire. Bien que ce dernier, présente la meilleure qualité au monde (13-16,5 microns, fibre longue). Faute de moyens, les éleveurs en sont réduits à céder la matière brute à la Chine qui s'occupe de sa transformation et de sa commercialisation apportant une moins value considérable à la Mongolie.

 

Selon, le Dr Altangerel, docteur en génétique des troupeaux, « la Mongolie gagne un revenu annuel de 180 millions de dollars avec le cachemire. Cette somme pourrait doubler si une bonne politique était menée par le gouvernement. Avec de bonnes lois relatives à la qualité du cachemire, on obtiendrait 10 millions de plus. Mais surtout, si la Mongolie traitait ellemême la finition de ce produit, elle en recevrait des recettes égales au budgettotal de l'État.»

 

La Mongolie, pays constitué de steppes et des prairies, est confrontée à une désertification totale qui menace à terme l'équilibre de son territoire en grande partie en raison de la croissance incontrôlée de l'élevage des chèvres cachemire avec peu de compensation financière inhérente à la vente de sa production qui permettrait de replanter et préserver l'équilibre. Malgré les mesures gouvernementales imposant des jachères, le rythme de la désertification continue.

 

Les observateurs s'accordent sur le fait qu'aujourd'hui « le cachemire est une voie de développement qui n'est pas développable», sa capacité de charge étant inextensible et sa productivité aléatoire.» La rentabilité du cachemire se trouve violemment amputée au bénéfice des manufactures chinoises et profite moins au développement du pays. L'exportation pour traitement du produit brut vers la Chine pénalise terriblement les usines mongoles et favorise à la fois l'exode rural et la pauvreté.


« Si rien n 'est fait pour faire cesser ce processus » alertent les ONG d'ici 10 ans, 96 % de la Mongolie ne sera plus qu'un désert avec pour conséquence directe les tempêtes de sable plus en plus nombreuses, et de plus en plus dévastatrices en Chine et même jusqu'en Amérique. Et tout ça pour un pull-over !

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