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Jean-Michel Basquiat, artiste culte

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Jean-Michel Basquiat, artiste culte, ce symbole des années 80 et du pop art a traversé l'existence comme un éclair de génie. Disparu en 1988 à 28 ans, le jeune peintre appartient déjà au gotha des plus grands créateurs de l'art pictural. Les graffitis, New York, la peinture, les millions, la drogue, Andy Warhol ou la solitude : c'est la vie de Basquiat comme dans une de ces toiles, à la fois fulgurante, pleine de couleurs et tragiquement moderne.

« Je ne pense pas à l'art quand je travaille. J'essaie de penser à la vie.», disait Jean- Michel Basquiat.




Dès l'âge de 3 ou 4 ans, Jean-Michel adorait dessiner et se vouait à cette activité sans relâche ! », a raconté Gérard Basquiat, père de l'artiste. Basquiat, issu de la classe moyenne, a hérité d'un double métissage : haïtien par son père et portoricain par sa mère Mathilde qu'il adorait.

 

Jean-Michel Basquiat, la découverte de Guernica

Cette dessinatrice de talent va développer chez son fils un intérêt pour l'art en lui faisant découvrir le monde des musées, d'abord le Musée de Brooklyn, quartier de l'enfance du peintre, puis le Moma, le Metropolitan Museum et le Guggenheim, où il découvre, avec le tableau «Guernica» et Picasso, une oeuvre qui va révolutionner sa vision du monde. Mais à 8 ans, c'est l'accident : Jean-Michel est renversé par une voiture, il frôle la mort, son corps est meurtri. Sa mère lui offre pendant sa convalescence le livre d'Henry Gray's, «Anatomy of the human body».

 

Cet ouvrage sera déterminant et influencera la première période de sa peinture tant dans ses thématiques que dans la façon de représenter des corps. Après un passage dans l'enseignement public et un court séjour dans un établissement catholique privé jusqu'en 1969, Basquiat se révèle un élève peu attentif, mais un passionné de peinture, de musique, de cinéma et de littérature.

 

Jean-Michel Basquiat, enfant de la rue

Á 13 ans, marqué par l'hôpital et le divorce de ses parents, à l'issue duquel il vit 2 ans à Porto-Rico avec son père et ses deux soeurs, il devient un adolescent de la rue. De retour aux États-Unis en 1975, il fréquente la City-as-school, lycée pour enfants doués dont il n'obtiendra pas le diplôme. Puis, il 106 quitte définitivement le foyer familial en 1978 et fera de New-York l'écrin de sa courte vie d'artiste.

 

Jean-Michel Basquiat, prince des bas-fonds
Á la fin des années 70, New York se trouve dans un chaos économique et social. «Big Apple» est dévastée par la drogue et la délinquance. Partout dans la ville, des sans domicile fixe, des drogués et des chômeurs errent au milieu des édifices vides et abandonnés. Comme une réplique à ce marasme, le lieu va vite se transformer en nouveau territoire d'expression donnant ainsi naissance à une nouvelle culture : celle de la rue. New-York accueille alors ce courant avant-gardiste avec une grande générosité.

 

Jean-Michel Basquiat, un ange noir

Le visage phare d'un ange noir, nommé Basquiat, va incarner le nouveau souffle de l'art pictural des eighties. Dans cette révolution néoexpressionniste, les graffitistes ou graffeurs sont prolixes. lls couvrent les murs, les couloirs des immeubles et les palissades de «Big Apple» de leurs dessins et inscriptions.

 

En 1978, c'est dans le quartier de Lower East Side à Manhattan, que Jean-Michel Basquiat signe de sa griffe très personnelle l'espace urbain new-yorkais sous le nom de «Samo » (Samo pour : «Same Old shit »). Bientôt, cette signature se répand partout dans Manhattan, apposée à de petites phrases poétiques humoristiques et engagées comme, par exemple, «Samo sauve les idiots», dessinées à la bombe aérosol.

 

Ses graffitis, fruits d'une première collaboration avec le graffeur Al Diaz rencontré dans la rue avec lequel il se lie d'amitié, sont très parlants et truffés d'une symbolique que l'on retrouve de façon répétée à travers son oeuvre tels une couronne à trois pointes et des fragments de grilles, des flammes, des totems ou des vaudous. Le nom de «Samo» est vite remarqué dans le milieu artistique et interpelle la curiosité des galeristes, du public ou d'autres artistes comme Keith Haring. Mais personne ne sait de qui il s'agit.

 

Jean-Michel Basquiat, graffitis et fuites

Basquiat avait pour habitude de se sauver après avoir signé un graffiti de façon à ce qu'on ne mette jamais un visage sur le nom de «Samo». Déjà, il se différencie des autres graffeurs de rue par son style qui le rend «anonymement célèbre». Les graffeurs agissaient en bandes et créaient avec un esprit de compétition, comme dans un sport. Pour Basquiat, ce monde là est bien loin de ce qu'il ressent.

 

L'enfant prodige oeuvre seul et éprouve une réelle distance avec cet univers urbain. Ambitieux, il rêve de célébrité. Comme il le dira lui-même : «Mon travail n'a rien à voir avec les graffi-tis. C'est de la peinture, ça l'a toujours été. J'ai toujours peint ». mettra fin à son association avec Al Diaz pour vendre dans la rue des teeshirts peints à la main et des cartes postales, mélange de graffitis et d'expressionnisme abstrait où viennent s'ajouter collages et coupures de journaux. Il vend sur le trottoir dans Soho, à Washington Square et devant le Moma. « Samo» disparaît des murs de Soho : «Samo is dead» signe l'artiste à la fin de cette aventure de graffeur. Comme le départ d'une carrière prometteuse laissant place à la vraie signature du peintre : Jean-Michel Basquiat.

 

Jean-Michel Basquiat et The Village
Sa réelle identité est révélée dans le journal culturel gratuit new-yorkais, «The Village Voice» et il est invité dans plusieurs émissions de télévision dont celle du fameux Glenn'O Brien « TV Party». Basquiat devient un phénomène. Il fréquente beaucoup les clubs, dont le mythique «Mudd Cub», où se trouve le milieu artistique branché du New-York underground.

 

On peut y croiser des plasticiens comme ses amis Keith Haring ou Kenny Sharf, mais également Madonna avec laquelle il aura une liaison. L'artiste possède aussi un goût prononcé pour la musique et fonde, en mai 1979, le groupe «Gray» avec Michael Holman, Shannon Dawson et Vincent Gallo. Il quittera ce groupe en 1980 pour s'adonner entièrement à la peinture. Mais la musique sera souvent l'un des sujets de ses tableaux.

 


 

C'est aussi l'époque où par manque de moyens, le jeune artiste travaille sur du matériel de récupération, comme des objets trouvés dans des immeubles à l'abandon lui servant de support, des vieilles portes, des cadres de fenêtres utilisés en châssis, des miroirs ou des cartons, preuves de sa créativité frénétique et débordante. Les années 80 constituent le point de départ d'un succès foudroyant.

 

En 7 ans, Jean-Michel Basquiat accomplira son oeuvre riche et brillante en un éclair et marquera radicalement l'histoire de l'art. La peinture de Basquiat regorge d'aspects très divers et elle apparaît comme une autobiographie, mais témoigne aussi d'engagements. Ses techniques et approches sont multiples : symboles, figures, écritures, râtures, collages, pastel gras, peintures ou dessins d'aspect simplissime traduisent la symbiose parfaite de l'homme et de l'art. Ainsi l'attestent différents tableaux comme, par exemple, «Self portrait with Suzanne ». Suzanne, c'est la petite amie des débuts devenue psychiatre et qui a parlé de leur liaison tumultueuse interrompue par celle que Basquiat eut avec Madonna.

Toute la naïveté de l'enfant rêveur se retrouve dans l'oeuvre du jeune peintre mais le tracé net et rebelle souligne le côté révolté de l'artiste. Rapidement, l'ascension se profile. En juin 1980, il participe à l'exposition du groupe «Time Square Show » organisée par un collectif d'artistes du Lower East Side. Puis en 1981, le voilà propulsé lors d'une autre exposition, «New-York/New Wave». Au P.S.1, une annexe du Moma à Long Island, une vingtaine d'artistes y sont réunis dont Keith Haring ou Fab 5 Freddy. Avec cette première percée dans le monde l'art, son travail sera remarqué par trois galeristes importants dans sa vie : Emilio Mazzoli, Annina Nosei et surtout Bruno Bischofberger, le marchand zurichois avec lequel il entretiendra par la suite une véritable amitié et qui possède dans sa collection privée le fameux «Untitled (refrigerator)», un réfrigirateur cassé recouvert de dessins et de symboles gravés dans l'émail.

 

En mai 1981, il propose sa première expo personnelle à la Galleria d'Arte à Modène, en Italie. Parmi les toiles présentées, on trouve la célèbre «Cadillac Moon ». En 1982, sa renommée devient internationale et Basquiat commence à exposer en solo. Annina Nosei lui concocte sa première exposition aux États-Unis où il présente des oeuvres grand format aux couleurs intenses, à l'expression explosive et complexe, s'éloignant du style «graffitis». Comme ce tableau surdimensionné représentant un crâne morcelé et détaillé qui occupe une place à part dans l'oeuvre de l'artiste, tel un autoportrait. Basquiat participe ensuite à l'événement «Transavanguardia : Italia/America» à Modène qui rassemble plusieurs artistes italiens partisans d'un retour aux formes traditionnelles et de l'image imprimée.

 

En avril 1982, à Los Angeles, c'est un véritable triomphe artistique à la galerie Larry Gagosian où il est exposé : toutes les toiles du vernissage sont vendues. Á Kassel, en Allemagne, il est invité à la manifestation internationale «Documenta 7». Il est sélectionné parmi 76 autres artistes, qui comptent parmi les plus grands et les plus reconnus, tels Andy Warhol pour qui Basquiat voue une admiration sans bornes. En septembre 1982, première exposition de l'artiste à Zurich chez le galeriste Bruno Bischofberger, devenu son marchand exclusif quelques mois auparavant. Il retourne peu après à New-York où il expose à la «Fun Gallery». On y remarque les fameux châssis construits à partir de morceaux de bois équarris, de tasseaux ou de montants de portes grossièrement cloués et ficelés. Ses peintures d'alors frisent le langage musical et semblent proches du hip hop. Á la fin de l'année 1982, il a d'ailleurs produit un disque de rap avec ses amis Fab 5 Freddy, Toxic et Ramellzee.

Depuis toujours, Basquiat est fasciné par Warhol, artiste phare du pop art. Lorsqu'il vendait ses tee-shirts graffi-tés sur Soho, il l'aborda par hasard à la sortie d'un restaurant. Warhol lui achèta une de ses fameuses cartes postales. Mais ce n'est qu'en 1982 que se fera la véritable rencontre, provoquée par le marchand zurichois Bischofberger, à la Factory. Le galeriste prend un cliché des deux 110 6 artistes. En quittant les lieux, Basquiat va s'en emparer afin de créer « Dos cabezas», un double portrait de lui et de Warhol. Ce dernier s'en émerveille et apprécie chez Jean-Michel Basquiat tant de finesse et d'énergie à réaliser si rapidement ce tableau. Warhol deviendra son ami et son mentor.

 

Sur les conseils de Bischofberger, le duo entame une collaboration intense, entre 1984 et 1985, où les 2 artistes créent ensemble, mais jamais en même temps, une centaine d'oeuvres. Le jeune prodige incite Warhol à revenir à la peinture tandis que ce dernier lui apprend le procédé sérigraphique. Warhol entreprend comme à ses débuts puis Basquiat recouvre, reprend, et efface afin de mêler les deux univers.

 


 

Á l'automne 1985, 16 tableaux font l'objet d'une exposition à la galerie Tony Shafrazi dont l'affiche célèbre montre les deux artistes posant en boxeurs, un sujet que Basquiat affectionne. On peut aussi y entrevoir une certaine symbolique d'affrontement entre l'homme noir et l'homme blanc. Pour la première fois, les critiques ne sont pas élogieuses et Basquiat, blessé par cet échec, se brouille avec Warhol. En 1987, le roi du pop art meurt et Basquiat est terriblement affecté. Il réalise alors un tableau en hommage à son ami, « Gravestone» (Pierre tombale). Basquiat est désormais le premier peintre noir dont la célébrité n'est plus à faire, une notoriété équivalente à celle des plus célèbres artistes américains.

Aussi, il va affirmer cette négritude et son attachement à ses racines caribéennes à travers ses réalisations. Entre 1982 et 1985, il axe sa peinture sur des questions sociales et identitaires ou la douleur d'être noir dans un monde blanc prenant pour sujets d'inspiration des personnalités noires de renom comme Miles Davis, Charlie Parker et Cassius Clay, avec le tableau «Cassius Clay» (1982), mais aussi « Famous Negroes Athletes », une oeuvre représentant quatre têtes d'hommes noirs.

L'importance qu'il accorde à ses origines africaines l'emmène en Côte d'Ivoire en où il expose en 1986. Avec son ami l'artiste Ouattara Watts, ils se rendent jusqu'à Khorogo en passant par Fahaka, un village marqué de l'empreinte de Picasso qui y a séjourné et que Basquiat admire profondément avec De Vinci et Michel-Ange. Sur cette terre d'Afrique, avec la complicité d'artisans, Basquiat va créer. Cette mémoire africaine se projette fréquemment dans l'oeuvre de Basquiat qui met en exergue cette culture noire à travers des tableaux où il est question de ségrégation et d'esclavage. Sur les toiles comme «Grillo», « Molasses » ou «Irony of Negro policeman», on retrouve des motifs, des couleurs et des symboliques de l'art primitif africain avec une mixité de styles dont celui de la street culture.

Jean-Michel Basquiat va tourner un film sous la direction de Glenn O' Brien, avec la collaboration de la styliste photographe Maripol, dont le sujet évoque le courant «new wave» du New York de l'époque. Intitulé «Downtown 81», ce film aidera à l'édification d'une légende. Durant cette période, il habitera le bureau de production n'ayant pas d'autre endroit où vivre.

 

On lui achète alors du matériel et il vend sa première toile pour 200 dollars à la chanteuse Deborah Harry. Tout au long de sa courte vie, il verra sa cote de popularité grimper et ses tableaux, vendus facilement à 20 000 $ de son vivant, vaudront jusqu'à 14,6 millions de dollars chez Sotheby's en 2007. Même une carte postale achetée pour 2 $ sur Soho aurait une valeur actuelle de 15 000 $. Basquiat a laissé une oeuvre immense avec 1250 dessins et 900 tableaux.

 

Il ne s'arrêtait jamais de travailler et peignait avec frénésie, entreprenant plusieurs travaux en même temps (10 ou 15 parfois), avec toujours ouverts devant lui des ouvrages de référence comme des livres sur l'histoire de l'art ou sur l'anatomie. Il peint en musique, se saoule de labeur sous l'emprise de la cocaïne et de l'héroïne et oeuvre sans relâche des nuits entières. Basquiat est vite passé de la rue au monde des riches et du glamour. Il habite d'abord en 1981 dans l'appartement de Suzanne, sa compagne rencontrée dans un bar où elle était serveuse. C'est un appartement situé au 1st East Village, où il a vécu pendant un an et où il a également beaucoup produit. Suzanne, surnommée «Venus», a été sa première relation adulte et ils formaient un vrai couple.

 

Elle fut très troublée et jalouse de sa liaison avec Madonna en 1983, une année où Basquiat connaissait déjà l'argent et la gloire. Suzanne Mallouk lui a relaté l'histoire de sa dispute avec Madonna dans le club «The Roxy» où, furieuse, elle lui tira les cheveux. Basquiat en ria et réalisa une peinture «The Panel of experts», telle une bande dessinée où il est inscrit «Venus against Madonna ».

 

Devenue célèbre, Madonna ne parlera plus au peintre. Il s'installe dans un loft sur Crosby Street et commence une vie d'adulte entre son travail au studio, dans l'atelier qu'il occupe dans le sous-sol de la galerie d'Annina Nosei, et son nouvel appartement.

 

C'est une période très proli-fique en matière de création. Suzanne Mallouk confirme que Basquiat a puisé son inspiration à travers plusieurs sources : la rue, la télévision ou l'histoire pour y chercher des symboles qu'ils ajoutent à ses tableaux. Il couronne toujours la tête de héros noirs, sportifs ou musiciens, afin de leur rendre hommage et les faire ainsi entrer, par la grande porte, dans les galeries.

Plus Basquiat gagnait d'argent, plus il consommait des drogues dures, la cocaïne puis l'héroïne. Il développe alors une paranoïa à la cocaïne, recouvrant les fenêtres de son loft de panneaux noirs afin de ne plus distinguer le jour de la nuit et de peur d'être repéré par la CIA ! Une véritable psychose, due à l'addiction, s'empare de l'artiste. En une année, entre 1981 et 1982, il devint culte, adulé, millionnaire ne sachant plus que faire de son argent.

 

Á 23 ans à peine, il sera en couverture du «New York Times- Sunday magazine». La fin des années 80 s'avère moins facile lors de la séparation avec Suzanne et la mort d'Andy Warhol qui l'afflige. Basquiat est rongé par la drogue, dont il ne parvient pas à se défaire, et livre alors un dernier combat, celui de l'artiste accablé par la solitude et la dépression.

 

Le peintre a peur ne plus être habité par l'inspiration. Ses dernières oeuvres sont poignantes, hantées par la mort. La célèbre toile, «Riding with death» (1988), en est la preuve. Même si l'on a connu dans sa production cet aspect si récurrent, avec ses dessins ou peintures peuplés de squelettes et des visages s'apparentant à des masques, l'oeuvre finale s'annonce comme la prémonition glaçante de son ultime voyage. Avec l'exposition d'avril 1988, le peintre tire sa révérence. Il crée en trois jours et trois nuits ses derniers chefs-d'oeuvre. Les compositions de ses peintures apparaissent dans un espace vide ou saturé, les couleurs sont sombres et l'iconographie, parfois, morbide. Comme une marche funèbre, il couche sur la toile des mots comme «Man dies, Man dies» dans l'oeuvre intitulée «Eroica 1, Eroica 2».

 

L'exposition sera un triomphe et un message d'adieu. Jean-Michel Basquiat disparaît le 12 août 1988 après une overdose, dans la solitude de son atelier. Á sa mort, l'émotion est intense et il laisse derrière lui l'image d'un garçon plein de charme ayant brûlé la vie par les deux bouts. Cette flamme anime encore son oeuvre, à la fois profonde et poétique. Comme le qualifie si bien Jean-Michel Vecchiet dans son film «Jean-Michel Basquiat » : « C'est un Rimbaud des temps modernes qui s'en est allé... ».

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