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Femmes : comment en finir avec le harcèlement sexuel ou moral !

Info & Savoir

Le harcèlement moral ou le harcèlement sexuel sont toujours d'actualité. De nombreuses victimes sortent du silence et de la culpabilité dans lesquels ces drames les avaient enfermées.

Le harcèlement répond à plusieurs définitions, selon qu'il est moral ou sexuel. Il ne faut pas le confondre avec la souffrance au travail qui est une toute autre notion.

 



En termes juridiques, est précisé dans le droit du travail par décret : « Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ».

 

Pour ce qui est du harcèlement sexuel, il est également défini essentiellement par les éléments tels que gestes, attouchements, images pornographiques, mots grossiers, le tout de façon « répétée ». Ce dernier adjectif est bien entendu extrêmement important, car il ne suffit pas d'une remarque salace pour s'estimer victime de harcèlement. C'est la répétition qui fait effectivement le délit.

La notion n'est pas française, ce n'est en fait que dans les années 80 qu'un psychologue suédois Heinz Leymann publie un livre sur le « mobbing ». Docteur en psychologie, il définit le mobbing comme « une relation conflictuelle sur le lieu de travail, aussi bien entre collègues qu'entre supérieurs et subordonnés. La personne harcelée, la victime, est agressée de façon répétitive, le but étant de l'exclure ». Pour lui, il s'agit d'un processus de destruction qui finit par dévaloriser totalement la personnalité.

Ces travaux ont ensuite été repris par G. Poilpot-Rocaboy en 1998 dans « La violation du contrat psychologique et harcèlement professionnel ». La psychiatre Marie-France Hirigoyen a également travaillé sur cette notion en insistant notamment sur le fait qu'il s'agit a priori d'actes mineurs en soi, parfois de simples remarques, mais qui faites de façon quasi quotidienne ou humiliante, provoquent chez certains sujets de graves souffrances.

Aujourd'hui, le phénomène est reconnu par tous à tel point que certaines grandes entreprises l'ont intégré dans leur politique de prévention des risques. Il n'est pas surprenant que cette notion ait vu le jour dans les pays scandinaves, qui ont une tradition d'égalité homme-femme plus ancienne que dans les pays latins.

En France, les machos, les séducteurs, les « Don Juan » sont quasiment une fierté nationale. A l'étranger, lorsque les Français sont définis comme tels ou comme de grands amoureux, cela fait plutôt sourire. Et chez nous aussi, la tradition fait que nous avons plutôt l'habitude de nous faire aborder plutôt que d'aller de l'avant. Les femmes apprécient qu'un homme se donne un peu de mal pour les intéresser ; rien de plus classique lorsqu'une idylle se noue. Les relations amoureuses ont en effet toujours un petit côté manipulateur, même s'il est rapidement gommé par des sentiments sincères.

Retrouver ce type de comportement au sein du milieu professionnel n'est donc pas un phénomène nouveau. Après tout, les relations se nouent aussi très fréquemment au travail et donnent naissance à de vrais couples. Or, le harcèlement peut commencer en donnant le change d'une tentative de séduction.

Selon notre humeur et la personne en question (que nous apprécions ou pas, patron ou pas), nous pouvons répondre gentiment ou mettre les choses au clair de façon plus abrupte. Cela dépend aussi de notre caractère : capacité ou difficulté à gérer un conflit ou pas. N'oublions pas que si le féminisme a fait progresser la situation d'égalité en France, le poids de l'histoire et de la culture pèse encore sur nos épaules et ne peut s'évanouir ainsi du jour au lendemain.

Les femmes ont beaucoup de difficultés à sortir du harcèlement, souvent parce qu'au départ, la situation s'installe souvent très naturellement. Rares sont les hommes qui attaquent « franco » de peur justement de se faire démasquer trop tôt. La plupart du temps, c'est l'homme qui a les cartes en main et définit donc la tactique qu'il va utiliser. Cela lui donne déjà une longueur d'avance. Le fait de se rendre compte de la situation avec un temps de retard a son importance, car il est évidemment beaucoup plus difficile pour la femme de réagir ensuite sans sembler changer d'attitude et de comportement, et se retrouver ainsi en porte à faux. Quand il s'agit d'un collègue, la difficulté est de réagir au sein d'une équipe qui doit normalement tout faire pour entretenir des relations cordiales, et lorsque c'est le supérieur hiérarchique qui agit, la difficulté vient du fait qu'il est a priori en position de force.

La tentation est donc très forte de ne rien dire, de rentrer chez soi et de se changer les idées en se disant que cela finira bien par passer. Parfois cela va jusqu'à la démission. Il faut souvent l'influence d'un conjoint, ou d'amies proches, pour nous permettre de nous rendre compte de ce que la situation à d'inconvenant et d'insupportable.

Une fois les choses claires, la principale difficulté vient de soi : l'incapacité à se défendre, voire à attaquer à son tour, y compris légalement. La justice est vraiment le dernier recours, car il est synonyme de lourdeur, de frais d'avocat, de difficultés d'apporter les témoignages et la preuve. En bref, il faut avoir un excellent mental pour parvenir à se défendre, qui plus est lorsque c'est un supérieur qui est mis en cause.

Il faut en effet que certaines conditions soient bel et bien réunies pour se sortir d'un harcèlement professionnel en gardant sa place et sans compromettre son avenir :

 

> Avoir un bon niveau de confiance en soi et être certaine d'être dans le « juste » ;

 

> Etre bien entourée affectivement ;

 

> Construire sa défense point par point, même si l'on n'a pas recours à la justice, comme un véritable dossier, par écrit ;

 

> Repérer les appuis que l'on peut avoir dans l'entourage professionnel ;

 

> Pouvoir parler de l'évolution de la situation à un conseil ou à des personnes proches disposant d'un bon jugement ;

 

> Prévoir des soupapes d'évacuation du stress : un sport, des séances de cinéma...

 

> Ne pas être sujette au découragement.

Autant de conditions qui ne sont pas toujours réunies et expliquent la raison pour laquelle tant de femmes préfèrent ne rien dire ou partent pour trouver un autre environnement, en négociant leur départ ou pas. Même dans le cas du départ, mieux vaut que cela se fasse assez rapidement et non pas une fois que l'oeuvre de destruction psychologique a déjà fait ses dégâts. Un soutien psychologique professionnel peut aussi être mis en place qui aide grandement. Consulter peut parfois aider à se rendre compte que l'on est bel et bien une victime et non pas une femme faible !

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