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Biographie détaillée de Patrick Bruel

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« Plus que de l’artiste qu’il est devenu, je suis fière du fils qu’il est resté. » C’est ainsi qu’Augusta Benguigui, la mère de Patrick Bruel, parlait de lui, il y a quelques années. Un fils qui fait partie du peloton de tête des chanteurs français encore vivants, aux côtés de Johnny Hallyday, Michel Sardou, Julien Clerc, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel ou Alain Souchon et du vétéran Charles Aznavour. Mais aussi de la liste des acteurs de cinéma et de théâtre les plus populaires comme l’a prouvé le triomphe de la pièce « Le prénom », aussi bien sur les planches, que sur grand écran.

Yves Montand considérait Patrick Bruel comme son fils spirituel, son héritier artistique, son digne successeur. Comme le héros de « César et Rosalie », Patrick Bruel s’attire les faveurs du public aussi bien quand il chante que lorsqu’il joue la comédie. Comme l’ancien compagnon de Simone Signoret, l’interprète de « Casser la voix » est un grand séducteur.

 


 

Comme celui qui immortalisa « Les feuilles mortes » de Prévert et Kosma, il n’a jamais hésité à afficher ses convictions politiques ou à défendre ses idées. Et toujours comme Montand, la vedette de « L’union sacrée » ou très beau film de Claude Miller « Le secret » adore le poker !

Son ami, le réalisateur et producteur Claude Lelouch estimait au début de ce qu’on a appelé la « Bruelmania » (cet énorme succès au début des années 1990 durant lequel des jeunes adolescentes s’évanouissaient par dizaines pendant les concerts ou hurlaient sans discontinuer « Patriiiiick « !!) que « Patrick est un enfant qui a envie de devenir un homme et il fera tout pour devenir un homme bien. Il est encore dans l’enfance, mais avec une grande lucidité.

 

Patrick Bruel, un artiste qui dure

Beaucoup d’acteurs veulent rester dans l’enfance, mais ils le restent seuls, car le public grandit et les oublie. Lui va durer. Il va aller plus loin encore. Au cinéma, j’ai envie qu’il prenne quelques rides, de petites rides, qu’il fasse un ou deux films et j’irai le chercher pour une grande aventure. »

 

Lelouch a vu juste : Patrick Bruel dure. Sa popularité n’a jamais été aussi grande, on loue ses talents d’auteur-compositeur-interprète et son jeu de comédien lui vaut l’admiration du public et le respect de ses pairs.  Pour les journalistes Sophie Grassin et Gilles Médioni, auteurs d’un excellent « Patrick Bruel », paru aux Editions Jean-Claude Lattès en 1992, « toutes les petites filles ont un papa, les petits garçons n’ont qu’eux-mêmes.

 

Patrick Bruel, l'Algérie au coeur

La vie raye donc plus facilement leur porcelaine. Bruel l’écorché, Bruel l’égratigné, ne s’attarde jamais sur un passé qui, pourtant, a préparé l’actuel. Si l’Algérie le gangrène, il n’en rumine aucun souvenir. Si elle lui pèse au cœur, c’est seulement par ouï-dire. Certes, il a feuilleté des fragments d’hier. Scruté des photos sépia. Dévidé avec des proches-Augusta, sa mère, Alexandre Arcady, Roger Hanin et Marthe Villalonga- ces choses qu’on ne confie que dans le secret des nuits…Bruel est d’abord un enfant de là-bas. Plusieurs de ses films, une de ses chansons encore inachevée, le disent, le crient, l’inscrivent. L’Algérie, il en vient. L’Algérie, il ira. Son Algérie s’appelle Tlemcen. Elle sent l’olive et la cannelle… ».

 

Patrick Bruel et l'Olympia

C’est dans cette ville algérienne que Patrick Benguigui est né le 14 mai 1959 et le chanteur-acteur n’y est resté que peu de temps.  Un soir de janvier 1975, le jeune Bruel (15 ans et demi à l’époque) va connaître le déclic qui change les destinées. Alors qu’il erre du côté du boulevard des Capucines, déçu de n’avoir pas obtenu le ticket dont il rêvait pour un match de football au Parc des Princes, il arrive devant l’Olympia où se produit Michel Sardou.

 

Patrick achète presque machinalement un billet et assiste à ce spectacle : « Pourtant, j’étais au dernier rang. La première partie m’a gonflé, mais je suis resté. Pourquoi je suis resté ? Franchement, je ne sais pas. Quelque chose qui me répétait : « Tu vas faire comme lui. Tu vas chanter, toi aussi ». C’est ce que je me suis répété pendant vingt minutes tout seul dans la salle. J’ai couru chez un copain. Je lui ai demandé sa guitare. Et voilà…».  

 

Patrick Bruel au Club Med

Nul doute que le parcours triomphal de Sardou servira d’exemple au jeune Bruel. Sa détermination et son envie vont grandir peu à peu et la chance se présentera, il en est persuadé. En juin 1978, l’élève Benguigui (son vrai nom),  âgé de19 ans, bachote son bac de sciences économiques tout en pensant à la future Coupe du monde de football en Argentine, à la musique et à ses vacances estivales au Mexique comme GO au Club Méditerrannée où il a été engagé. De quoi joindre l’utile à l’agréable !

 

En ouvrant le quotidien « France Soir » le 17 juin 1978, il  découvre une petite annonce, grâce à des amis : « Pour jouer le fils de Roger Hanin dans son film « Le coup de sirocco », le réalisateur Alexandre Arcady recherche un adolescent entre 16 et 18 ans avec un accent pied-noir ». Pas très emballé, Patrick se rend à ce casting et découvre des dizaines de postulants. L’attente est trop longue pour lui et comme le soir, il doit jouer le pharmacien dans la pièce « Knock » au club de théâtre de son lycée, Bruel s’apprête à partir quand un assistant d’Arcady vient le chercher, par hasard, pour donner la réplique à des acteurs adultes.

 

Patrick Bruel croit au destin

Comme le notaient Sophie Grassin et Gilles Médioni dans leur livre paru en 1992 : « Patrick croit au destin. Il croit en lui aussi. Il a 19 ans, de l’allant, du tempérament, de l’instinct. Il dit sa scène et puis disparaît. C’est le temps du bachotage avec les copains. On avale des cahiers, des bouquins, des fortifiants et des médicaments pour la mémoire. On se lève tôt, on bûche jusqu’à la nuit. Entre deux révisions, on regarde aussi les matches à la télévision. Patrick s’amuse à retrouver l’accent, pense au film, à la réponse qui ne vient pas, et puis, il n’y pense plus… (paru aux Éditions Jean-Claude Lattès, page 39). Á un point près, il rate son bac, mais se console en pensant à son départ vers le Mexique.

 

Le 18 juillet 1978, Bruel s’apprête à partir vers l’aéroport d’Orly pour son escapade au Club Méditerranée quand Alexandre Arcady l’appelle au téléphone : « Je t’ai choisi pour mon film. » Le jeune Bruel répond qu’il ne peut pas accepter car il doit travailler au Club Med. Le cinéaste rétorque : « Projette toi dans le temps et imagine que dans quelques mois, on parlera du film dans la presse ou dans l’émission de Michel Drucker à la télévision. Á ta place, il y aura un autre jeune qui aura joué à ta place le rôle de Paulo Narboni. Vous pourrez l’applaudir toi et ton sombrero ! » Les arguments sont trop convaincants pour refuser. Au lieu du Mexique, c’est vers la Tunisie que Patrick Bruel s’envole pour le tournage de son premier film. Et pour l’envol de sa carrière. L’histoire du fils d’Augusta prend alors toute sa mesure.


Patrick Bruel : incursions dans le cinéma

Après quelques nouvelles incursions dans le cinéma (« Le bâtard » de Bertrand Van Effenterre, avec Gérard Klein et Julie Jézéquel, sorti en juin 1983 ; « Le grand carnaval » d’Alexandre Arcady, avec Philippe Noiret, Roger Hanin, Richard Berry et Fiona Gélin, en salles en décembre 1983) et des téléfilms comme « Des larmes comme des couteaux », « Les malheurs de Malou », aux côtés de Bernadette Lafont ou « Mariage blues » avec Florent Pagny, la chanson va transformer le trajet de Bruel. En compagnie de son ami Gérard Presgurvic, il concocte un titre qui sera son premier tube en mars 1984 : « Marre de cette nana-là ».

 

On retrouve Patrick Bruel le chanteur, sur les plateaux de télévision, accompagné de quatre danseuses et choristes, parmi lesquelles la comédienne Sophie Duez que Michel Blanc embauche pour sa comédie « Marche à l’ombre », sortie en octobre 1984. Bruel fait une courte mais drôle apparition dans cet excellent film où jouait aussi Gérard Lanvin. Juste après le film de Gérard Lauzier, « La tête dans le sac » avec Guy Marchand, et une publicité tournée en Espagne, Bruel effectue son retour au théâtre, en octobre 1984, dans la pièce « On m’appelle Emilie ».

 

Ainsi que le rappellent Sophie Grassin et Gilles Médioni dans leur livre « Patrick Bruel », paru en 1992 aux Éditions Jean-Claude Lattès, « Maria Pacôme, elle aussi croisée sur une pub, monte « On m’appelle Emilie » au Théâtre Saint-Georges, que Patrick connaît des cintres aux combles, dans une mise en scène de Jean-Luc Moreau. La pièce installe trois squatters dans un immeuble en ruine : Jaja (Odette Laure), une clocharde qui avale des carottes râpées, Emilie, une cartomancienne qui perd la boule (Maria Pacôme) et son fils adoptif, Henri (Patrick Bruel), un guitariste paresseux qui chantonne du Lalanne. Ils sont menacés d’expulsion, mais un journaleux débarque. Il va faire monter la tension. » 

 


 

François Chalais, fameux critique de cinéma et de théâtre, attribue « une mention spéciale à Patrick Bruel, chanteur à succès, comédien auquel je crois que l’avenir fera une place. », dans le quotidien « France-Soir » du 24 octobre 1984. Bruel arrêtera ses prestations dans « On m’appelle Emilie » à la fin de la saison, déjà happé par la chanson et le cinéma. Il est à deux doigts de tourner dans la comédie « Poisson d’amour » de Philippe de Broca, avec Sophie Marceau, mais le projet ne verra finalement pas le jour. Avec la chanson « Comment ça va », il goûte aux joies d’un second tube qui l’installe un peu plus dans l’univers des chanteurs de variétés populaires et lui vaut de passer en première partie de la tournée d’été de Patrick Sébastien en 1985. 

 

« J’ai vécu une belle ambiance de tournée avec, toutes les nuits, un hôtel, des visages, des villes et des couleurs qui changeaient », dixit Bruel. Quelques mois auparavant, il a tourné dans le film de Patrick Schulmann, « P.R.O.F.S », aux côtés de Fabrice Luchini, Christophe Bourseiller et Laurent Gamelon. Une succulente satire du milieu enseignant comme le remarquable « M.A.S.H » de Robert Altman l’était en ce qui concerne l’armée.

 

Sorti le même jour que « Trois hommes et un couffin » de Coline Serreau (le 18 septembre 1985), « P.R.O.F.S » rime avec jackpot : 3,5 millions de spectateurs en salles ! Le début de la fortune pour Bruel ? Réponse de l’intéressé dans « Conversation avec Claude Askolovitch », paru chez Plon en 2011 : « Le succès commercial viendra avec la chanson « Comment ça va ? », qui va devenir un des tubes de l’été 1985, et ce tube rencontre la sortie de « P.R.O.F.S ». C’est là que ça commence vraiment. Le jour de la sortie, tout le monde est sidéré par les premiers chiffres de 14 heures.

 

Les exploitants n’en reviennent pas : « Il rafle tout, le petit ! » Le petit, c’est moi. Il se passe un truc qui nous échappe…Mais ce n’est pas le jackpot, parce que financièrement aussi, ça m’a échappé ! Entre l’acteur un peu connu qu’ils avaient engagé à bas prix en en février 1985 et « la vedette » que j’étais devenu pendant l’été, ils ont fait une belle opération. On a fini à trois millions et demi de spectateurs…Ils veulent tourner « P.R.O.F.S 2, 20 ans après »…Je vais me rattraper ! En 1985, je suis donc une « étoilette »…qui sait ce qu’elle à apprendre, qui écoute et qui regarde beaucoup… » (extrait de la page 213). Bruel, 26 ans, devient l’une des coqueluches non seulement des lycéennes, mais aussi des producteurs, distributeurs et exploitants de cinéma.

 

Et enchaîne avec « La mémoire tatouée », un long métrage du cinéaste tunisien Ridha Behi, avec un casting en or (Julie Christie, Ben Gazzara et Jean Carmet). Mais tourné en Tunisie et prévu pour être projeté au Festival de Cannes en 1986, ce film dramatique ne sortira jamais en salles, pour d’obscures raisons financières. Pourtant, la bonne étoile ne va pas lâcher Patrick Bruel. Sa performance (en anglais en plus !) dans « La mémoire tatouée » est vue dans le milieu du cinéma et plusieurs metteurs en scène vont l’engager peu après.

 

Claude Lelouch pour « Attention bandits ! » avec Jean Yanne en 1986, Georges Lautner pour « La maison assassinée » aux côtés d’Anne Brochet en 1987 ou Pierre Jolivet dans « Force majeure », avec François Cluzet en 1988. Ce dernier réalisateur estime que « Patrick Bruel a un vrai charisme de star. C’est animal, ça ne s’explique pas. Il veut tellement plaire que ça impressionne la pellicule. J’ai connu Daniel Balavoine, et ils ont, en fait, plein de points communs.

 

Oser dire ce que l’on pense, c’est rare. Patrick a aussi ce côté iconoclaste. Balavoine n’était pas récupéré. Bruel s’auto-récupère. Il a une passion pour tout. Surtout pour les filles à la vanille… » Bientôt, ce sera la folie Bruel ! Un engouement et une réussite qui durent plus que jamais…

                                                         

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