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Biographie de Serge Gainsbourg

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Le 2 mars 1991, la France apprenait la disparition de Serge Gainsbourg, diminué par de nombreuses attaques cardiaques, par une consommation forcenée de tabac et d’alcool et par une existence intense, menée sans aucune modération. 20 ans après sa disparition, le mythe Gainsbourg reste plus intense que jamais. Sa vie, son œuvre et son style ont marqué et continuent d’influencer la jeune génération qui se reconnaît dans ce dandy provocateur, ce jongleur des mots et cet artiste Gainsbourg qui possédait, en Gainsbarre un double indissociable.

GAINSBOURG  ET LES CABARETS
 

Comme son père Joseph, un juif russe qui a fui la Russie communiste avec son épouse Olia, Serge Gainsbourg (de son vrai nom Lucien Ginsburg) devient pianiste de cabaret, et cela au début des années 1950. Après avoir abandonné son ambition de devenir peintre, il effectue ses grands débuts parisiens, au cabaret «Milord l’Arsouille», près du Palais-Royal, au printemps 1955, tout en se produisant chaque été au Club de la Forêt, dans la ville du Touquet. Il a 27 ans, a peur du public et se tient mal sur scène.

 

C’est dans cet endroit, et d’autres lieux comme  «Madame Arthur», «Les Trois Baudets» ou «La Tête de l’Art», que Gainsbourg apprendra son métier d’auteur-compositeur-interprète et deviendra l’une des vedettes de la chanson à l’esprit Rive gauche tout en côtoyant d’autres artistes comme Boris Vian, Guy Béart, Léo Ferré, Philippe Clay, Ricet Barrier ou Barbara. Il crée ses premiers titres, en particulier «Le poinçonneur des Lilas». Marié depuis 1951 à Élisabeth Lévistsky, fille d’aristocrates russes et mannequin de mode, le chanteur au physique ingrat séduit néanmoins de plus en plus de femmes, sensibles à son talent et à sa personnalité hors normes. Il apparaît pour la première fois à la télévision en 1958 et signe avec la maison de disques Philips son premier contrat d’enregistrement.

 

GAINSBOURG ET JULIETTE GRÉCO
 

Quand Juliette Gréco découvre Serge Gainsbourg (qu’elle surnomme «Chauve-souris») sur la scène du «Milord l’Arsouille», elle sait qu’elle tient en lui un auteur-compositeur idéal pour son retour sur scène, après 2 années d’absence pour cause de liaison avec le producteur américain de cinéma Darryl F.Zanuck.

 

«Je garde le souvenir de lui quand il était venu à la maison quand il était venu m’apporter ses chansons. Il avait peur, il était paniqué : je lui sers un drink, mais il avait des mains tellement tremblantes et humides que le verre lui a glissé des mains et s’est brisé à mes pieds.», s’est rappelée la chanteuse et actrice. Entre les deux, le courant passe formidablement bien. Ils s’affichent ensemble dans les soirées parisiennes et les soirées à la mode, mais la rumeur se trompe : cette relation n’est basée que sur de l’amitié, du respect et de l’admiration mutuelle.

 

En 1962, après une soirée en tête à tête au domicile de Juliette Gréco, rue de Verneuil, le quartier de Saint-Germain-des Prés où Gainsbourg achètera plus tard son fameux hôtel particulier, le chanteur rentre chez lui au petit matin pour écrire «La javanaise» qu’il offre à Gréco. «Il est revenu chez moi, me l’a jouée, c’était bouleversant, c’était tellement proche de moi, c’était nous deux aussi…», a confié Juliette Gréco. Le titre, sorti au début de 1963, est désormais un classique de la chanson française.

 

 

GAINSBOURG ET LE SUCCÈS
 

«C’est France Gall qui m’a sauvé la vie, car j’étais vraiment en perdition !». Cet aveu de Serge Gainsbourg prouve à quel point sa collaboration avec la veuve de Michel Berger lui a été essentielle. En écrivant pour France Gall, les tubes «N’écoute pas les idoles», «Laisse tomber les filles», «Poupée de cire, poupée de son» (Grand Prix de l’Eurovision en 1965) ou «Les sucettes à l’anis», tous sortis au début des années 1960, Gainsbourg accède enfin au succès commercial, alors que les ventes de ses propres disques sont confidentielles. Il compose également des titres populaires pour Petula Clark ou Régine.

 

Il affirme à Denise Glaser dans l’émission «Discorama » du 3 janvier 1965 : «Maintenant, j’ai retourné ma veste. J’ai retourné ma veste parce que je me suis aperçu que la doublure était en vison. Je trouve qu’il est plus acceptable de faire du rock sans prétention que de faire de la mauvaise chanson à prétention littéraire.

 

Cela, c’est vraiment pénible.» L’argent coulant à flots, Gainsbourg peut enfin s’offrir quelques objets de luxe ou verser à ses parents une pension trimestrielle tout en sortant la nuit dans les discothèques parisiennes en vue. Mais cette réussite financière ne l’empêchera de dire : «Je gagne suffisamment d’argent pour vivre sans compter. Mais j’ai échoué puisque je rêvais de devenir peintre et que j’ai lâché la peinture ! »

 

 

GAINSBOURG ET BARDOT
 

Ils s’étaient croisés furtivement une première fois en 1962 sur un plateau de télévision, mais c’est en octobre 1967 que Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot commencèrent à s’aimer. En sortant de l’enregistrement du célèbre morceau «Harley Davidson» que le musicien a composé pour l’émission «Show Spécial Bardot», B.B et Gainsbourg vont dîner dans un bistrot de la Butte Montmarte, en compagnie de l’animateur de radio Gérard Klein et son épouse Gloria, grande amie de Brigitte.

 

Entre le chanteur et la star de cinéma, l’attirance se réalise ce soir là : «Ses yeux rejoignirent les miens et ne les quittèrent plus : nous étions seuls au monde ! De cette minute qui dura des siècles et qui dure encore, je ne quittai plus Serge qui ne me quitta jamais…Je n’ai avec Serge que des souvenirs sublimes de beauté, d’amour, d’humour et de folie… », écrivit Bardot dans son autobiographie «Initials B.B». Mais B.B est mariée au milliardaire allemand Gunther Sachs. Le couple Bardot-Gainsbourg vivra donc une passion confidentielle tout en sortant en public sous le signe de «l’amitié» afin de ne pas éveiller les soupçons.

 

C’est pour elle que Gainsbourg achète son hôtel particulier, rue de Verneuil, et c’est pour elle que l’artiste crée, en une nuit, «Je t’aime, moi non plus». Mais Gunther Sachs se fâche et Bardot veut sauver son mariage. Au bout de quelques mois, elle met donc fin à son aventure avec Serge Gainsbourg, laissant le chanteur dans un état déprimé, presque suicidaire, jusqu’à sa rencontre avec Jane Birkin.

 

 

GAINSBOURG ET JANE BIRKIN
 

En 1968, le producteur et réalisateur Pierre Grimblat recherche un couple pour incarner les héros de son prochain film, intitulé «Slogan». Pour l’homme, son choix se porte sur Serge Gainsbourg. Pour le rôle de la femme, Grimblat a déniché une jeune et ravissante comédienne anglaise.

 

Elle s’appelle Jane Birkin. «La première fois que nous avons été présentés, Serge et moi, j’avais mal compris son nom, je croyais qu’il s’appelait Serge Bourguignon. Je ne connaissais que trois mots de français, parmi lesquels bœuf bourguignon, d’où ma confusion, je suppose…Je me souviens que nous sommes allés le chercher chez ses parents où il était revenu habiter, il était entouré de posters de Bardot en train de donner une interview et de faire écouter à un journaliste, à plein volume, la version de «Je t’aime, moi non plus» qu’il avait faite avec Brigitte. Je m’étais dit : mais qu’est-ce que c’est que ce poseur avec sa chemise mauve ? J’étais complètement subjuguée… », a raconté Jane Birkin dans le livre «Gainsbourg» de Gilles Verlant. 12 ans de vie commune, dans l’hôtel particulier de la rue de Verneuil, suivront avec la naissance de Charlotte, des albums et des chansons magnifiques que Serge Gainsbourg façonna sur mesure pour Jane et le film «Je t’aime, moi non plus» qui fit scandale.

 

Pendant les années 1970, le couple Gainsbourg-Birkin sera l’un des phares du show-business français tant par sa modernité, sa créativité et son originalité. «Jane est partie par ma faute, je faisais trop d’excès, elle en a subi avec moi, mais c’est devenu une affection éternelle…» dixit Gainsbourg.

 

 

 

GAINSBOURG ET CHARLOTTE
 

Quand le 21 juillet 1971 dans une clinique privée de Londres, Jane Birkin donne naissance à une petite fille prénommée Charlotte, Serge Gainsbourg, déjà père de 2 enfants nés de son second mariage, est aux anges et adore cette nouvelle venue. Dans la maison de la rue de Verneuil, la vie quotidienne du couple Gainsbourg-Birkin évolue principalement autour de l’éducation de Charlotte et Kate, la fille que Jane a eue avec le compositeur anglais John Barry.

 

Avec Charlotte, il se révèle un excellent papa, toujours prêt à faire le clown, mais aussi très à cheval sur la politesse et la manière de se comporter. Soucieux de lui donner une culture musicale, il se préoccupe des leçons de piano de Charlotte et peut se montrer exigeant en ce domaine. Après la séparation de Gainsbourg et Birkin, c’est dans un pensionnat ultra-chic en Suisse que Charlotte poursuivra ses études. Avec son père, c’est la complicité intégrale. Dès qu’elle rentre en France, elle le rejoint rue de Verneuil et Gainsbourg multiplie les blagues, fait de la musique avec elle, lui cuisine des petits plats ou l’emmène dans les plus grands restaurants de la capitale.

 

Pour Charlotte, il composera l’album «Charlotte for ever» et la dirigera dans son troisième film (au même titre) comme réalisateur (après «Je t’aime, moi non plus» et «Équateur») qui sera un terrible échec commercial. Entre eux, l’alchimie était totale. Il passera ses dernières vacances avec elle, sur l’île de La Barbade en janvier 1991, et la veille de sa mort, le 1er mars 1991, il dînait au restaurant avec sa compagne d’alors Bambou et sa fille Charlotte.

 

GAINSBOURG ET BAMBOU
 

C’est  à l’Élysée-Matignon, la discothèque branchée de l’époque, que Gainsbourg-Gainsbarre croise la route d’une jeune femme, au type eurasien, lors de l’automne 1980. Son prénom : Caroline. Elle va entrer dans l’histoire du chanteur sous le surnom de Bambou. Mannequin à l’agence Paris-Planning, elle n’a que 21 ans alors que Gainsbourg est âgé de 52 ans. Leur rencontre est spéciale comme Bambou l’a narré dans son livre «Il et Elle», paru chez Michel Lafon en 1996 : «Il est planté là, avec son seau de champagne, alors qu’elle a refusé de boire un verre à  ses côtés.

 

Il lui lance : salut, le vieux con vient à  sa table parce qu’elle ne veut pas venir à la sienne ! Espèce de boudin, tu permets ? Il s’assoit, la regarde en se marrant. Elle sourit, ce mec a du style. Mieux que ça, il lui plaît ! Et qui plus est, elle n’a pas l’air de lui déplaire…» Quelques semaines plus tard, ils partent ensemble durant 3 mois à Los Angeles pour l’enregistrement du nouveau disque d’Alain Chamfort, «Amour année zéro» dont les textes sont signés Gainsbourg. Ils vivront dans une somptueuse villa de Beverly Hills, avec Chamfort et sa fiancée de l’époque, la chanteurse Lio.

 

Entre Bambou la droguée et Gainsbourg l’alcoolique, la relation sera placée sous les signes de la passion et du rejet jusqu’à la mort du chanteur en 1991. Et alors que le couple bat sérieusement de l’aile, Serge et Bambou deviennent les parents de Lucien, dit Lulu, qui naît le 5 janvier 1986. Comme son père, Lulu est aujourd’hui musicien. Il étudie et vit à Boston, aux USA.

 

 

GAINSBOURG ET LES SCANDALES
 

Le 11 mars 1984, Docteur Gainsbourg endosse le costume de Mister Gainsbarre.  Sur le plateau du magazine «7 sur 7», c’est l’affaire du billet de 500 francs brûlé avec son briquet, en direct sur TF1. Érik Gilbert, l’un des deux présentateurs de l’émission, se rappelle de cet épisode : «On avait préparé l’émission avec lui deux jours avant au cours d’un déjeuner, mais il ne nous avait rien dit du geste qu’il préméditait, sans doute depuis un moment. Ce qui nous avait impressionné, c’est sa petite mallette dans laquelle il y avait un tas de billets…

 

Il voulait montrer ce qui lui restait après avoir payé ses impôts et il l’a fait sans amertume mais en voulant frapper par l’image et le choc a été terrible. Le standard a explosé et les réactions ont été extrêmement violentes. » Le chanteur avait déjà flirté avec le scandale lors de la sortie du disque sulfureux «Je t’aime, moi non plus» qui fut un tube international, tout en étant interdit d’antenne ou de vente dans plusieurs pays. On se souvient aussi de sa proposition «audacieuse» à la superstar américaine Withney Houston («I want to fuck her ! »), là aussi en direct, dans l’émission de Michel Drucker, «Champs Élysées», de sa dispute, plus ou moins mise en scène, avec Catherine Ringer, chanteuse du groupe Rita Mitsouko, lors du talk-show de Canal Plus, «Zénith», ou de sa prestation déchaînée dans «Droit de Réponse» de Michel Polac en 1982. Comme Coluche ou Daniel Balavoine, l’auteur de «La javanaise» n’avait aucune limite lors de ses passages dans les médias.

 

 

GAINSBOURG ET « LA MARSEILLAISE »
 

En 1979, Serge Gainsbourg débarque en Jamaïque pour enregistrer son fameux album de reggae «Aux armes et caetera», vendu à plus d’1 million d’exemplaires, où figure sa version de «La Marseillaise». Cette adaptation très personnelle de l’hymne national va provoquer une violente réaction des milieux conservateurs.

 

Des associations d’anciens combattants et l’Union Nationale des Parachutistes font pression sur plusieurs municipalités afin d’interdire les galas du chanteur. Pire : le Secrétaire d’État aux Anciens Combattants de Valéry Giscard d’Estaing promet de faire tout ce qui est en son pouvoir pour limiter, à une fois par semaine sur les ondes la radio publique, la diffusion d’ «Aux armes et caetera» ! Le summum est atteint avec l’arrivée menaçante de 60 parachutistes, le 4 janvier 1980, à Strasbourg dans la salle où Gainsbourg doit se produire en concert avec son groupe jamaïcain qui refuse de jouer dans de telles conditions d’insécurité. Prenant son courage à deux mains, le chanteur lève son poing et hurle aux paras, en s’emparant du micro : «Je suis un insoumis !

 

Qui a redonné à «La Marseillaise» son sens initial ! Je vous demanderai de la chanter avec moi !» Certains parachustistes s’exécuteront en entendant les premières paroles de l’hymne français. Comme par une ironie du sort, c’est Serge Gainsbourg qui achètera, lors d’une vente aux enchères en décembre 1981, le manuscrit original de «La Marseillaise» de Rouget de Lisle, moyennant 20.000 euros de l’époque.

 

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