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Biographie de François Mitterrand

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Si le Général De Gaulle reste l’homme du 18 Juin 1940, François Mitterrand est celui du 10 Mai 1981. En devenant ce jour là, le premier homme de gauche à accéder à la magistrature suprême au suffrage universel direct, François Mitterrand entrait à l’Élysée pour 14 ans (il sera réélu en 1988) et dans l’Histoire. Trente ans après son élection, l’ex-Premier secrétaire du Parti Socialiste, dont il s’empara en 1971 lors du Congrès d’Épinay pour accéder au pouvoir, continue de susciter l’admiration ou le rejet. Mitterrand ou un destin français.

MITTERRAND ET JARNAC

 

C’est dans la petite ville de Jarnac, au cœur de la Charente, que François Mitterrand vit le jour, le 26 octobre 1916. Et plus précisément dans la maison de famille, située au 22 rue Abel-Guy. Cinquième enfant de Joseph et Yvonne Mitterrand (qui auront 4 fils et 4 filles), Mitterrand a évoqué son «enfance qui fut heureuse et a illuminé ma vie» dans «Mémoires à deux voix», publié chez Odile Jacob en 1985.

 


 

Son père Joseph, qui dirige la vinaigrerie familiale, est un homme de caractère, fervent catholique et conservateur. Les années de jeunesse de Mitterrand se passent dans cette région charentaise où les grandes tablées avec les frères, sœurs et cousins laissent la place aux virées dans la campagne, la pratique du sport (ping pong, football, pelote basque) et la lecture d’auteurs comme Claudel, Montherlant, Bernanos ou Chardonne.

 

Inscrit comme interne au collège Saint-Paul d’Angoulême où enseignent des prêtres séculiers, François Mitterrand manifeste déjà des dons pour l’expression orale et remporte un concours d’éloquence à 15 ans. Son bac en poche, il débarque à Paris, en 1934, pour suivre des cours à la faculté de droit et à Sciences-Po. Son adresse : le 104, rue de Vaugirard, un foyer pour étudiants tenu par les frères maristes.

 

MITTERRAND ET LA GUERRE
 

Durant ses années d’étudiant, François Mitterrand découvre la capitale et s’intéresse à la vie politique. Inscrit quelque temps aux Volontaires nationaux, une organisation de jeunesse des Croix-de-Feu (un mouvement de droite catholique, mais anti-allemand), il organise de nombreuses manifestations estudiantines.

 

En janvier 1938, il tombe amoureux de Catherine Langeais, future speakerine à la télévision. Fiancés en 1940, ils se séparent un an plus tard. Envoyé sur le front quand la Seconde guerre mondiale éclate, Mitterrand, blessé au dos le 14 juin 1940, se retrouve prisonnier dans un stalag allemand. Il y rencontre quelques uns de ses grands amis comme Roger-Patrice Pelat, Jean Munier ou Bernard Finifter, un juif d’origine russe, découvrant ainsi la vie de groupe, l’esprit de solidarité et aussi la mesquinerie humaine.

 

Après deux tentatives avortées, le futur homme politique parvient à s’évader en décembre 1941. Il se rend chez une cousine en Bourgogne, fait un détour par Saint-Tropez avant de retourner à Jarnac : «J’avais 25 ans, je ne savais à quoi me destiner et cette liberté m’était précieuse…», (dans « Un dessein, un destin » d’Hubert Védrine, paru chez Gallimard). Sans profession ni projet, il décide alors de partir pour Vichy où siège le gouvernement collaborationniste du Maréchal Pétain et de Pierre Laval.

 

 

MITTERRAND ET VICHY
 

«J’avais des amis à Vichy, généralement des officiers…On m’a dit : venez, on tâchera de vous trouver quelque chose. J’ai donc débarqué à Vichy. Peut-être aussi pour retrouver des copains prisonniers et aider à libérer des amis captifs…», a expliqué François Mitterrand au journaliste Georges - Marc Benamou.

 

Recruté par le  Commissariat de reclassement des prisonniers de guerre, dirigé par Maurice Pinot, un anti-collaborationniste qui sera brutalement révoqué en 1943, François Mitterrand profite de cette « couverture » pour nouer des contacts avec de nombreux groupes de résistants. Jusqu’à son départ pour Londres dans la nuit du 15 au 16 novembre 1943 afin de rencontrer De Gaulle, Mitterrand se prête ainsi à un double jeu : résistance (sous le nom du « Capitaine Morland ») et travail au sein de l’administration de Vichy.

 

C’est ainsi qu’il est reçu par le Maréchal Pétain, le 22 octobre 1942 avec trois autres représentants d’un centre d’entraide aux anciens prisonniers de l’Allier, et accepte aussi de recevoir la francisque,  une décoration du régime de Vichy, afin de ne pas éveiller les soupçons sur ses activités de résistant. Présent à l’Hôtel de Ville, le 25 juin 1944 quand De Gaulle proclame « Paris libérée », Mitterrand refusera le poste de secrétaire général du ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés du nouveau gouvernement.

 

MITTERRAND ET DANIELLE
 

En avril 1944, François Mitterrand croise la route de Danielle Gouze, sœur cadette de Christine Gouze, une amie dans la Résistance et qui deviendra, plus tard, l’épouse de Roger Hanin. Mitterrand tombe sous le charme de cette jolie jeune fille, âgée de 19 ans. La famille de Danielle est à gauche et prône des valeurs de patriotisme et de laïcité, loin des convictions catholiques et nationalistes du clan Mitterrand.

 

Antoine, le père de Danielle, affiche ses idées de libre-penseur et son adhésion à la franc-maçonnerie tout en s’impliquant dans la lutte contre l’occupant nazi. Quand à Roger Gouze, frère de Danielle, il fera découvrir à François Mitterrand la roche de Solutré  où le Président montera chaque année à Pâques ou à la Pentecôte. François et Danielle se marient le 28 octobre 1944 à la mairie du VIème arrondissement de Paris et à l’église Saint-Séverin.

 

Ensemble, ils auront 2 enfants, Jean-Christophe et Gilbert. Jusqu’à la mort de Mitterrand en 1996, Danielle demeurera à ses côtés, du moins officiellement, en dépit de ses infidélités conjugales ou de sa double vie. Comme elle l’écrit joliment dans son livre « En toutes libertés » : «Je ne me suis jamais ennuyée en partageant sa vie, ni dans la joie, ni dans la peine. Je n’ai jamais eu besoin de mentir et les non-dits de part et d’autre étaient suffisamment révélateurs pour ne pas être trompeurs…Pour tous ceux qui nous aiment, François et Danielle sont inséparables, indissociables ».

 


 

MITTERRAND ET LA GAUCHE
 

Devenu député pour la première fois en novembre 1946, dans la Nièvre et sous les couleurs de l’UDSR (Union Démocratique et Socialiste de la Résistance), François Mitterrand sera dans les années 1950 l’un des jeunes loups de la IVème République.

 

Grâce à son autorité naturelle, sa capacité à séduire et son sens politique, il occupera 11 fonctions ministérielles entre 1947 et 1958, dont celles de la Justice et des Anciens Combattants. Homme de réseaux, il constitue autour de lui une première garde rapprochée avec Georges Dayan, son plus proche ami, Jean Védrine et Georges Beauchamp.

 

En refusant de voter les pleins pouvoirs au Général De Gaulle le 1er juin 1958, Mitterrand signe son entrée dans une longue opposition au régime gaulliste et fonde la Convention des Institutions Républicaines avec les premiers barons du mitterrandisme comme Roland Dumas, Charles Hernu, André Rousselet, Georges Fillioud ou Claude Estier. Candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle en  décembre 1965, il réussit à mettre en ballottage De Gaulle.

 

En 1971, il s’empare du Parti Socialiste (qui se nomme à l’époque la SFIO), grâce aux soutiens de Pierre Mauroy, Gaston Defferre et Jean-Pierre Chevènement. C’est l’époque du Programme commun de la gauche, aux côtés du Parti Communiste et du Mouvement des Radicaux de Gauche. Battu par Giscard d’Estaing aux présidentielles de 1974, Mitterrand fixe un objectif ; la victoire en 1981.

 

MITTERRAND PRÉSIDENT
 

« Il n’ y a eu qu’un vainqueur le 10 mai 1981, c’est l’espoir ! Puisse-t-il devenir la chose de France la mieux partagée ! Pour cela, j’avancerai sans jamais me lasser sur le chemin du pluralisme, confrontation des différences dans le respect d’autrui. Président de tous les Français, je veux les rassembler pour les grandes causes qui nous attendent… »,  déclare le nouveau Président de République, élu le 10 mai 1981, dans son discours d’investiture le 21 mai 1981.

 

Pendant 14 ans, Mitterrand sera le locataire de l’Élysée puisque le 8 mai 1988, il sera réélu avec 54 % des votes. Comme chef d’État, il impose l’image d’un Président proche des préoccupations des gens, très cultivé et avec un style quasi monarchique.

 

De grandes réformes comme l’abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, la libération des ondes radiophoniques et cathodiques, la création du RMI ou la paix en Nouvelle-Calédonie vont marquer ses deux septennats. En matière de politique étrangère, François Mitterrand opte pour un rapprochement avec l’Allemagne, fait ratifier le traité de Maastricht et use de son influence pour favoriser le dialogue israélo-palestinien en se rendant en Israël tout en recevant Yasser Arafat. Il engagea militairement la France dans la guerre du Koweit en 1991, mais manqua de clairvoyance lors de la chute du Mur de Berlin en 1989.

 

Confronté à deux cohabitations (en 1986 et 1993), il laissa un bilan mitigé sur le plan économique et social, avec une augmentation de la précarité.

 

MITTERRAND ET LES AFFAIRES
 

L’un des points noirs des années Mitterrand fut la succession d’affaires troubles ou de scandales financiers qui abîmèrent l’image de ses deux septennats. On se souvient de l’épisode du « Rainbow Warrior », ce bateau du mouvement Greenpeace coulé  en Nouvelle-Zélande en juillet 1985 par des agents secrets français, et qui provoqua la démission du ministre de la Défense, Charles Hernu.

 

C’est ensuite Laurent Fabius, Premier ministre et chouchou de Mitterrand, qui devra s’expliquer sur l’affaire du sang contaminé. Avec le dossier Urba, le financement du Parti Socialiste, que dirigea François Mitterrand entre 1971 et 1981, est  gravement mis en cause. Sa relation amicale avec René Bousquet, maître d’œuvre de la terrible rafle du Vel d’Hiv en 1942, va ternir la réputation du Président socialiste tout comme la dissimulation de son cancer ou celle de l’existence de sa fille Mazarine, née de sa liaison avec Anne Pingeot, conservatrice de musée.

 

L’affaire Péchiney, dans laquelle son ami Roger-Patrice Pelat est soupçonné de délit d’initié, ou sa proximité avec  l’homme d’affaires Bernard Tapie qu’il propulse ministre de Ville, provoquent  la déception chez ses partisans. Quand aux  suicides de François de Grossouvre, (un de ses plus proches conseillers qui se tue dans son bureau de l’Élysée) en 1994, et celui de Pierre Bérégovoy en 1993, son dernier chef de gouvernement de gauche, ils sonneront comme de tragiques claps de fin de la présidence mitterrandienne.

 

MITTERRAND ET SA COUR
 

Tous les ans, lors du lundi de Pâques ou de la Pentecôte, François Mitterrand se livrait, depuis 1946, au rite de l’ascension de la roche de Solutré. Devenu chef de l’État, il continuait à effectuer cette escapade en compagnie de ses nombreux fidèles. Parmi eux, l’acteur Roger Hanin, l’animateur-écrivain Pascal Sevran, l’avocat Georges Kiejman, le ministre de la Culture Jack Lang ou son conseiller spécial Jacques Attali.

 

Dans sa maison de Latché,  un hameau situé dans les Landes, le Président reçoit régulièrement ses amis politiques comme Jack Lang, Claude Estier, Henri Emmanuelli, Georges Fillioud ou Michel Charasse et ses amis intimes comme Georges Dayan (disparu avant que Mitterrand n’entre à l’Élysée), Jean Védrine, Roger-Patrice Pelat, Georges Beauchamp ou, même, le tristement célèbre René Bousquet.

 

Á Paris, son appartement de la rue de Bièvre, au cœur du Quartier Latin, est le lieu de nombreux dîners où se croisent Marguerite Duras, la chanteuse Dalida, le romancier Claude Manceron, les journalistes Jean Daniel, Ivan Levaï ou Georges-Marc Benamou, Jorge Semprun, Melina Mercouri, Barbara, Laurent Fabius, Jacques Attali, Robert Badinter, André Rousselet et Roland Dumas, qui habite l’immeuble à côté. Cultivant le secret et les réseaux, François Mitterrand se souciait de ne jamais mélanger les uns avec les autres, obsédé par l’idée de compartimenter ses nombreuses relations.

 

MITTERRAND ET MAZARINE 
 

Elle aura été l’un des secrets les plus farouchement conservés de la République mitterrandienne. Ce n’est que le 10 décembre 1994 que les Français découvriront, à la une du magazine «Paris-Match », le visage de Mazarine, fille de François Mitterrand et Anne Pingeot. Le Président a reconnu devant notaire en 1984 cette enfant, née en 1974, à Avignon.

 

Entre Mitterrand et Mazarine, la fusion sera totale, permanente et placée sous le signe de la culture. Le chef de l’État mit tous les moyens dont il disposait pour assurer la sécurité et la tranquillité de cette autre famille. Seuls, quelques très rares personnes de l’entourage de François Mitterrand étaient au courant de l’existence de Mazarine, aujourd’hui agrégé de philosophie, écrivain, chroniqueuse culturelle et mère de 3 enfants.

 
MITTERRAND ET LA MORT
 

« L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura si longtemps confié son destin… ».

 

Dans ses derniers vœux aux Français le 31 décembre 1994, le Président Mitterrand s’exprime avec émotion et authenticité. Atteint depuis plusieurs années d’un cancer, celui qui présida la France durant 14 ans sait que ses jours sont comptés. Il quitte la rue de Bièvre pour s’installer avenue Frédéric - Le Play, en face du Champ-de-Mars où il convie régulièrement Michel Charasse, André Rousselet, Roland Dumas ou Anne Lauvergeon.

 

Il se promène régulièrement avec le docteur Tarot, spécialiste du traitement de la douleur. Luttant contre la maladie qui le ronge, François Mitterrand voyage comme pour mieux profiter de ces ultimes moments : Solutré, Cluny, Vézelay, Château-Chinon (dont il fut longtemps le maire), Latché, Venise, au Colorado pour une réunion d’anciens dirigeants internationaux et l’Egypte où il réside à l’hôtel Old Cataract, à Assouan.

 

Le 8 janvier 1996, Mitterrand meurt à 79 ans à son domicile. Le 10 janvier au soir, une immense foule lui rend hommage et écoute Barbara Hendricks chanter « Le temps des cerises ». Fin de parcours pour un homme qui consacra 50 ans de son existence au combat politique et réussit à atteindre le sommet tout en menant sa vie comme on écrit un roman.

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